CONAKRY — Fodé Bangoura a prononcé la formule, et l’histoire a basculé. Ce vendredi 17 juillet 2026, dans la salle des Congrès du Palais du Peuple, le premier président de la Cour suprême a déclaré officiellement installés les 147 députés de la dixième législature, pour un mandat de cinq ans. Quelques heures plus tard, la Guinée avait un nouveau président de l’Assemblée nationale.
Le Dr Dansa Kourouma occupe désormais le perchoir. Il est le premier président de l’Assemblée nationale de la Ve République.
Un candidat, un vote, trois chiffres
Le bureau de séance n’avait enregistré qu’une seule candidature : la sienne. Malgré l’absence de concurrent, les députés ont voté à bulletin secret, comme le veut la procédure.
Le résultat proclamé donne trois chiffres. Cent vingt-neuf voix en sa faveur. Dix-huit bulletins nuls. Deux votes par dérogation, correspondant à deux députés excusés, absents de la séance.
Sur 147 sièges, Dansa Kourouma a donc obtenu l’adhésion de 129 élus. Les 18 bulletins nuls constituent la seule donnée du scrutin qui n’a pas été commentée officiellement. Un bulletin nul n’exprime pas un vote contre — il n’exprime rien de formellement identifiable. Le fait est là, dans le procès-verbal. Son sens, lui, appartient à ceux qui les ont glissés dans l’urne.
L’installation a été prononcée par le président de séance, l’honorable AB Sylla. Dans la salle se trouvaient le Premier ministre Amadou Oury Bah, le ministre directeur de cabinet de la Présidence Djiba Diakité, ainsi qu’Amadou Damaro Camara, ancien président de l’Assemblée nationale.
De la société civile au perchoir
Le parcours du nouveau président a de quoi surprendre ceux qui ne l’ont pas suivi. Médecin de formation, Dansa Kourouma s’est d’abord fait connaître comme figure de la société civile guinéenne, avant d’entrer dans les institutions.
En janvier 2022, il prend la tête du Conseil national de la Transition, l’organe législatif provisoire mis en place après septembre 2021. Il y restera jusqu’à sa dissolution, cette semaine. Sous sa présidence, le CNT a fait adopter des textes structurants, dont la Loi-Plan Simandou 2040.
Aux législatives du 31 mai, il a été élu député sur la liste nationale de l’Union pour un Mouvement Populaire (UMP), formation alliée de la GMD. C’est donc un homme qui connaît déjà la maison, mais qui passe d’un parlement nommé à un parlement élu.
Un hémicycle à trois blocs
L’installation a aussi permis de dessiner l’architecture politique de la nouvelle Assemblée. Trois groupes parlementaires ont été constitués.
Le groupe de l’Opposition, sous l’appellation Alliance patriotique, compte 16 députés. Il est présidé par Abdoulaye Kourouma, leader du parti RRD. Le groupe du Centre, dénommé Alliance républicaine, réunit 15 députés autour de Bouna Keïta. Le reste des sièges revient au bloc majoritaire, issu de la coalition présidentielle.
Ces chiffres méritent d’être notés, car ils corrigent une donnée qui circulait cette semaine dans plusieurs analyses, faisant état d’une opposition réduite à quatre sièges. Avec 16 députés d’opposition et 15 au centre, l’hémicycle guinéen compte 31 élus hors majorité présidentielle.
Ce qui commence maintenant
Dansa Kourouma prend la troisième place dans l’ordre protocolaire de l’État, après le chef de l’État et le Premier ministre. Sa mission : conduire les travaux législatifs, présider les débats, et représenter le Parlement.
Il hérite d’un calendrier chargé. La Guinée sort officiellement de sa période de transition. L’Assemblée devra voter les lois, examiner le budget, et exercer sa fonction de contrôle du gouvernement — celle qui, dans toute démocratie, sépare une chambre vivante d’une chambre d’enregistrement.
Les députés poursuivent d’ailleurs leurs travaux pour compléter le bureau et constituer les commissions parlementaires.
Le premier test viendra vite. Un ministre sera-t-il interpellé ? Une commission d’enquête ouverte ? Un texte gouvernemental amendé ?
C’est à ces gestes-là, et non aux discours d’installation, que les Guinéens jugeront leur nouvelle Assemblée.
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