CONAKRY — En quelques heures, les réseaux sociaux guinéens ont pris une couleur inhabituelle. Ce jeudi 23 juillet 2026, de nombreux internautes ont remplacé leurs photos de profil par des images noires, publié des messages de solidarité et partagé le mot-dièse #JeudiNoir. Une mobilisation numérique massive qui traduit une profonde indignation face aux violences sexuelles commises contre des mineures.
À l’origine de cette vague de protestation se trouve une affaire survenue à Mandiana. Par respect pour les victimes et afin de préserver leur dignité, LeCri24 ne revient pas sur les circonstances de cette affaire. L’essentiel réside désormais dans la réaction qu’elle a suscitée à travers le pays : une forte mobilisation citoyenne réclamant des mesures plus fermes contre les auteurs de violences sexuelles.
Une revendication précise : renforcer la réponse pénale
Contrairement à de nombreux mouvements d’indignation qui s’essoufflent rapidement, « Jeudi Noir » s’articule autour d’une demande claire. Des organisations féministes et plusieurs associations de défense des droits humains souhaitent une évolution de la législation afin que la castration chimique soit appliquée de manière systématique aux personnes reconnues coupables de viol sur mineure.
Parmi les figures engagées dans cette campagne, la journaliste et activiste Hassatou Lamarana Bah rappelle qu’il ne faut pas confondre castration chirurgicale et castration chimique. Cette dernière consiste en un traitement médical destiné à réduire les pulsions sexuelles, et non en une intervention irréversible. Selon elle, le principe existe déjà dans le droit guinéen, mais son application demeure limitée, d’où la demande de la rendre obligatoire dans ce type de crimes.
Ce que prévoit actuellement la législation
Le Code pénal guinéen, notamment son article 268, qualifie de viol tout acte de pénétration sexuelle commis par violence, contrainte ou surprise et prévoit une peine de cinq à dix ans de réclusion criminelle.
Le Code de l’Enfant renforce également cette protection. Les articles 336 et 337 interdisent toute forme de violence, d’abus ou de maltraitance envers les enfants et rappellent que leur protection relève à la fois de l’État, des familles et des représentants légaux. Les infractions commises contre des mineurs font l’objet de sanctions aggravées en raison de leur particulière vulnérabilité.
Pour de nombreux observateurs, la question ne porte donc pas uniquement sur l’existence des textes, mais sur leur capacité à prévenir efficacement ces crimes et à garantir une réponse judiciaire rapide.
Une proposition qui suscite le débat
La demande d’une castration chimique automatique fait toutefois l’objet de discussions.
Ses défenseurs estiment que les sanctions actuelles ne suffisent pas à prévenir les récidives et considèrent qu’un durcissement des peines constituerait un signal fort pour protéger les enfants. Ils rappellent également que plusieurs pays, dont l’Indonésie, la Pologne, la Corée du Sud ou encore certains États américains, ont déjà adopté des dispositifs similaires sous différentes formes.
À l’inverse, plusieurs spécialistes soulignent des réserves importantes. D’un point de vue médical, les traitements hormonaux peuvent entraîner des effets secondaires significatifs et leur efficacité dépend généralement d’un accompagnement psychologique adapté. Sur le plan juridique, une sanction automatique soulève la question du respect du principe d’individualisation des peines. Enfin, d’autres estiment que la priorité demeure le renforcement des enquêtes, des poursuites judiciaires et de l’exécution effective des décisions de justice, alors que de nombreuses affaires n’aboutissent pas devant les tribunaux.
Un premier défi pour la nouvelle Assemblée nationale
Cette mobilisation intervient dans un contexte institutionnel particulier. La nouvelle Assemblée nationale, installée le 17 juillet 2026, a mis en place ses commissions permanentes le 21 juillet. Deux jours plus tard, elle fait face à une première forte interpellation venue de la société civile.
Le président de l’institution, Dansa Kourouma, a récemment insisté sur la nécessité d’améliorer l’application des lois existantes plutôt que de multiplier les textes. La mobilisation « Jeudi Noir » relance précisément cette réflexion : la Guinée a-t-elle besoin d’un nouvel arsenal juridique ou d’une meilleure application de celui déjà en vigueur ?
Le débat est désormais ouvert. Les réponses qui seront apportées par les pouvoirs publics pourraient marquer un tournant dans la lutte contre les violences faites aux enfants et dans la confiance des citoyens envers la justice.
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