À Dar-es-Salam, les pelleteuses avancent et les habitations disparaissent. Derrière les chiffres annoncés par les autorités, une autre réalité demeure : des familles se retrouvent sans toit et attendent toujours de savoir ce qui leur est réservé.
Depuis le 25 août, plusieurs habitants de ce quartier de la commune de Gbessia ont reçu l’ordre de quitter définitivement leurs domiciles. Parmi eux, Hawa Keïta, mère de trois enfants, affirme désormais ne plus avoir de logement. « Nous n’avons pas où aller », témoigne-t-elle.
Une autre personne touchée, dont l’identité n’a pas été communiquée, résume également son inquiétude : « Je ne sais pas où aller avec mes enfants. »
Une opération presque achevée
Le déguerpissement engagé à Dar-es-Salam intervient dans le cadre d’une opération d’aménagement urbain. Le 26 août, le ministre de l’Urbanisme a indiqué que la démolition de la « maison centrale » de Conakry était réalisée à plus de 95 %.
Mais derrière ce taux d’avancement, une donnée essentielle reste inconnue : combien de familles et de commerces ont réellement été affectés ?
À ce jour, aucun bilan officiel détaillé n’a été communiqué publiquement. LeCri24 indique ne pas avoir obtenu de chiffres précis auprès de la mairie de Gbessia ni du ministère de l’Urbanisme.
Des habitations détruites, des familles dans l’incertitude
L’opération ne concerne pas uniquement les ménages les plus modestes. Des informations relayées localement évoquent également le cas d’un artiste qui pourrait avoir perdu plusieurs biens immobiliers, notamment deux immeubles et une villa.
Cette information n’ayant pas encore été confirmée par une source primaire, LeCri24 ne peut ni confirmer l’identité de la personne concernée ni établir avec certitude la nature des pertes.
Sur le terrain, plusieurs témoignages et reportages décrivent un quartier profondément transformé par les démolitions. Une distribution de vivres destinée aux sinistrés a notamment été organisée par l’opérateur privé CashMoov. Une aide ponctuelle qui apporte un soutien immédiat, mais qui ne répond pas à la question centrale du logement.
Le maire de Gbessia s’est également rendu sur les lieux pour suivre les opérations, selon des informations rapportées par la presse locale.
La grande inconnue : l’après-déguerpissement
C’est désormais la principale interrogation des habitants concernés : où vont-ils vivre après la destruction de leurs maisons ?
Les informations disponibles ne font pas état, à ce stade, d’un dispositif public de relogement spécifiquement annoncé pour les familles de Dar-es-Salam.
LeCri24 a sollicité la mairie de Gbessia ainsi que le ministère de l’Urbanisme afin d’obtenir des précisions sur le nombre de ménages concernés et sur l’existence éventuelle d’un programme de relogement. Aucune réponse n’avait encore été reçue au moment de la publication.
Une chronologie qui interpelle
Un autre élément attire l’attention : le 25 août, le gouvernement a également annoncé le lancement d’un projet de logements sociaux destiné aux fonctionnaires.
Aucun lien officiel n’a été établi entre ce programme et les opérations de déguerpissement à Dar-es-Salam. Les deux dossiers ne doivent donc pas être présentés comme faisant partie d’une même opération.
Mais leur concomitance soulève néanmoins une question légitime sur la politique du logement en Guinée : comment accompagner les populations déplacées par les opérations d’aménagement urbain ?
Construire de nouveaux logements répond à un besoin. Mais lorsqu’un quartier est démoli, la question du devenir de ceux qui y vivaient devient tout aussi importante.
Les réponses attendues
Au-delà du débat sur la nécessité ou non de réaménager Dar-es-Salam, plusieurs questions restent ouvertes :
- Combien de familles ont perdu leur logement ?
- Combien de commerces ont été détruits ?
- Les habitants ont-ils bénéficié d’un délai suffisant avant leur départ ?
- Une indemnisation est-elle prévue pour les personnes concernées ?
- Existe-t-il un mécanisme de relogement ?
- Où les familles doivent-elles aller immédiatement après les démolitions ?
L’opération peut être présentée comme une étape de transformation urbaine. Mais pour les familles comme celle de Hawa Keïta, l’enjeu dépasse largement les travaux d’aménagement.
Il s’agit désormais de savoir où dormir demain.
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