À quelques jours de la Korité, la ferveur habituelle qui précède la fête commence à être assombrie par une réalité préoccupante : la difficulté pour de nombreux citoyens de retirer de l’argent liquide dans les banques et les points de transfert. Dans plusieurs villes du pays, cette situation crée une inquiétude grandissante au sein des familles qui s’organisent pour célébrer l’Aïd el-Fitr.
Dans les marchés de Conakry, mais aussi à Kindia, Labé ou encore Kamsar, l’ambiance est partagée entre l’effervescence des préparatifs et la frustration des clients. Les commerçants s’activent, les tailleurs travaillent tard pour livrer les tenues commandées, et les familles tentent de finaliser leurs achats. Pourtant, derrière cette agitation, une même scène se répète : des files d’attente devant les distributeurs automatiques et des citoyens qui peinent à retirer leur propre argent.
Dans plusieurs établissements bancaires, les retraits ont été limités. Certains clients expliquent ne pouvoir retirer qu’une somme réduite par jour, parfois 500 000 francs guinéens ou un million au maximum. Du côté des services de transfert mobile, la situation n’est guère plus simple. Plusieurs points Orange Money ou Mobile Money se retrouvent à court de liquidités, obligeant les clients à parcourir plusieurs quartiers avant de réussir à récupérer quelques centaines de milliers de francs.
Cette situation intervient dans un contexte économique paradoxal. Sur le plan macroéconomique, la Guinée affiche des perspectives de croissance importantes. Plusieurs institutions internationales évoquent une dynamique économique positive portée notamment par le secteur minier et les investissements dans de grands projets. Cependant, dans la vie quotidienne des citoyens, cette croissance reste difficile à percevoir.
Selon plusieurs observateurs économiques, les tensions actuelles sur la liquidité seraient liées aux relations financières entre l’État et le système bancaire. Ces derniers mois, les banques commerciales auraient fortement contribué au financement public, ce qui réduit leur capacité immédiate à fournir des liquidités suffisantes pour répondre à la demande des clients.
Pour les ménages guinéens, l’enjeu dépasse la simple question bancaire. La Korité représente un moment central de la vie sociale et religieuse. Chaque année, les familles économisent pendant des semaines afin d’acheter des habits neufs, préparer les repas de fête et offrir des cadeaux aux enfants. Lorsque l’accès à l’argent devient difficile, c’est toute l’organisation de cette fête qui s’en trouve perturbée.
Dans les marchés, certains commerçants confient également privilégier les paiements en espèces, car ils doivent eux-mêmes régler leurs fournisseurs en liquide. Cette dépendance au cash accentue les tensions et complique davantage la situation pour les consommateurs.
Face à ces inquiétudes, les attentes se tournent désormais vers les autorités monétaires. La Banque centrale de la République de Guinée est appelée à rassurer la population et à apporter des solutions pour fluidifier la circulation de l’argent dans l’économie, surtout à l’approche d’un événement aussi important que l’Aïd el-Fitr.
Malgré ces difficultés, beaucoup de familles restent déterminées à célébrer la fête dans la dignité. Comme chaque année, solidarité, entraide et débrouillardise permettront sans doute à de nombreux foyers de maintenir l’esprit de la Korité.
Mais la question de fond demeure : comment garantir aux citoyens un accès normal à leurs ressources financières, surtout dans des moments aussi importants de la vie collective ?
Une interrogation qui dépasse la fête de cette semaine et qui ouvre un débat plus large sur la gestion de la liquidité et la confiance dans le système bancaire guinéen.
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