KINDIA — La disparition de Mamadou Djouma Bah, élève de 17 ans originaire de Pita et candidat au baccalauréat unique 2026, continue de provoquer une vive émotion à travers la Guinée. Décédé le mardi 21 juillet 2026 alors qu’il faisait l’objet de poursuites dans une affaire de fraude aux examens nationaux, le jeune homme se retrouve aujourd’hui au cœur d’un débat qui dépasse largement son cas personnel.
Les faits rapportés par les autorités
Selon les autorités judiciaires, Mamadou Djouma Bah avait été condamné dans le cadre des procédures engagées contre plusieurs personnes soupçonnées de fraude au baccalauréat avant d’être placé en détention.
Le procureur de la République près le Tribunal de première instance de Kindia, Mamadou Bhoye Diallo, explique que le jeune homme a été transféré à deux reprises à l’hôpital régional en raison de la dégradation de son état de santé. Face à cette situation, le parquet a décidé de le remettre à sa famille afin qu’elle poursuive sa prise en charge médicale. Il est finalement décédé à l’hôpital.
Le ministère de l’Éducation nationale, de l’Alphabétisation, de l’Enseignement technique et de la Formation professionnelle a confirmé cette chronologie dans un communiqué officiel, précisant que le candidat avait été évacué vers une structure sanitaire avant d’être confié à ses proches.
À ce stade, les autorités n’ont communiqué aucune information sur les causes médicales du décès. Une enquête judiciaire est en cours afin d’établir les circonstances exactes de cette disparition.
Une mobilisation des élèves à Kindia
Au lendemain du décès, plusieurs élèves sont descendus dans les rues de Kindia pour exprimer leur émotion. Les manifestants ont demandé la libération des candidats et des enseignants toujours détenus dans le cadre des enquêtes liées à la fraude aux examens.
Prenant la parole au nom des manifestants, Kadiatou Diallo, élève en terminale, a insisté sur le caractère pacifique de leur démarche. Selon elle, les élèves ne cherchent pas à défendre la fraude, mais souhaitent éviter que d’autres familles connaissent une telle épreuve.
Elle estime qu’une annulation des épreuves concernées et une nouvelle participation au baccalauréat l’année suivante constitueraient une sanction suffisante, sans qu’une privation de liberté ne soit systématiquement envisagée pour des candidats aussi jeunes.
La lycéenne souligne également que l’ambiance habituelle d’attente des résultats a laissé place à une profonde tristesse dans les établissements scolaires de Kindia.
Une question désormais au centre du débat
Au-delà des responsabilités individuelles, cette affaire soulève une interrogation qui occupe désormais une place importante dans le débat public : la détention d’un mineur pour fraude à un examen national est-elle une réponse proportionnée ?
Avant le lancement des épreuves, les autorités avaient annoncé une politique de tolérance zéro contre toute tentative de fraude. Le bilan officiel fait état de plus de 700 téléphones portables saisis dans les centres d’examen, d’environ 80 personnes poursuivies, de sept candidats condamnés à un mois de prison ferme à Kindia et de quatre responsables du système éducatif suspendus.
Pour le gouvernement, cette fermeté répond à un objectif précis : protéger la crédibilité des diplômes guinéens et garantir l’égalité entre tous les candidats.
Toutefois, plusieurs voix estiment que le débat mérite désormais d’être ouvert sur la proportion des sanctions appliquées, notamment lorsqu’elles concernent des mineurs.
La réaction du gouvernement
Lors de la proclamation des résultats du baccalauréat, le jeudi 23 juillet, le ministre Alpha Bacar Barry a débuté son allocution en rendant hommage à Mamadou Djouma Bah.
Le ministre a présenté les condoléances du président de la République, du gouvernement ainsi que de son département ministériel à la famille du défunt, à ses camarades, ainsi qu’aux populations de Kindia et de Pita.
Il a également affirmé que toutes les dispositions seraient prises, en collaboration avec les institutions compétentes, afin que de tels drames ne se reproduisent plus. Il a réaffirmé que la justice poursuivait son travail en toute indépendance pour établir les circonstances exactes du décès.
Par ailleurs, le gouvernement a annoncé que les élèves condamnés dans les dossiers de fraude à Kindia seraient rejugés en appel à Conakry.
L’enquête judiciaire devra désormais permettre de faire toute la lumière sur cette affaire, tandis que le débat sur les sanctions applicables aux mineurs impliqués dans les fraudes aux examens s’annonce déjà comme l’une des principales questions soulevées par cette tragédie.
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