CONAKRY — Le chiffre est spectaculaire. En 2026, l’économie guinéenne devrait croître de 8,7%, plaçant le pays en tête de toute l’Afrique de l’Ouest. C’est ce que révèle le Fonds monétaire international dans ses dernières Perspectives de l’économie mondiale, relayées cette semaine par l’Agence Guinéenne de Développement.
Pour bien mesurer la performance : la moyenne de la CEDEAO s’établit à 4,5%. La Guinée fait presque le double. À l’échelle du continent, elle décroche même la deuxième place, juste derrière l’Éthiopie et ses 9,2%, devant l’Ouganda et le Rwanda.
Et ce n’est pas fini. Le FMI projette une accélération à 9,3% en 2027.
D’où vient cette performance
Un nom explique presque tout : Simandou. Le gisement de fer, le plus grand encore inexploité au monde, a livré ses premières cargaisons en décembre 2025. Sa capacité doit grimper progressivement vers 60 millions de tonnes par an. À lui seul, le projet pourrait faire bondir le PIB guinéen dans les années à venir.
À côté du fer, la bauxite continue de porter l’économie. Premier exportateur mondial, la Guinée a expédié environ 183 millions de tonnes en 2025, soit 25% de plus que l’année précédente. L’inflation, elle, reste contenue autour de 4%.
Sur le papier, tous les voyants macroéconomiques sont au vert. L’Agence Guinéenne de Développement y voit la confirmation de l’attractivité du pays pour les investisseurs, au-delà des seules mines : agro-industrie, infrastructures, énergie, services.
Le chiffre et la rue
Reste une question que les tableaux du FMI ne posent pas. Que voit un habitant de Conakry de ces 8,7% ?
Cette semaine, pendant que circulait ce chiffre de croissance record, deux enfants sont morts emportés par les eaux de ruissellement dans la capitale. Deux adolescents avaient déjà été engloutis à Sanoyah quelques jours plus tôt, dans un caniveau resté ouvert. La ville la plus dynamique d’Afrique de l’Ouest, sur le plan économique, laisse ses rues se transformer en pièges à la première grosse pluie.
Ce grand écart n’est pas une contradiction inventée pour faire de l’effet. C’est une réalité mesurée. Selon l’Institut national de la statistique, près de la moitié des Guinéens — 43,7% — vivent sous le seuil national de pauvreté. L’économie reste largement informelle : près de 58% du PIB, et l’écrasante majorité des emplois échappent au secteur formel.
Autrement dit, la croissance existe. Mais elle se concentre dans des secteurs — le fer, la bauxite — qui emploient relativement peu de monde et dont les revenus transitent d’abord par l’État et les grands opérateurs. Le défi n’est pas de produire de la richesse. La Guinée en produit. Le défi est de la faire descendre jusqu’au marché de Madina, jusqu’à la famille de Sanoyah, jusqu’au diplômé sans emploi.
Ce que disent les autorités
Le gouvernement, lui, assume pleinement cette dynamique et la présente comme la première étape d’une transformation plus large. Le Programme Simandou 2040 est décrit comme la feuille de route qui doit convertir la manne minière en développement réel : routes, électricité, écoles, hôpitaux.
L’Agence Guinéenne de Développement affirme vouloir « traduire ces performances macroéconomiques en progrès tangibles pour les Guinéens ». L’intention est claire. Reste à la vérifier dans les faits, année après année.
La vraie mesure viendra plus tard
Une croissance de 8,7% est une bonne nouvelle. Il serait malhonnête de prétendre le contraire. Un pays qui croît a plus de moyens qu’un pays qui stagne.
Mais un taux de croissance n’est pas un bulletin de santé social. Il dit combien de richesse un pays produit, pas comment elle est partagée. Le Botswana et la Guinée équatoriale ont connu des booms miniers spectaculaires sans que la majorité de leurs habitants en voie la couleur.
La question pour la Guinée de 2026 n’est donc pas de savoir si elle est riche en ressources. Elle l’est. Elle est de savoir si la nouvelle Assemblée nationale, installée ce vendredi même, et le gouvernement sauront transformer ces chiffres en caniveaux fermés, en écoles debout et en emplois réels.
C’est cela que les Guinéens jugeront. Pas un classement du FMI.
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