CONAKRY — Abdoulaye Yéro Baldé a tout fait dans les règles. Son parti a déposé ses listes. Certaines ont été rejetées, il a saisi les tribunaux. La Cour suprême l’a rétabli. Il a ramené ses candidats dans la course. Et pourtant, ce mercredi 20 mai, à onze jours du scrutin du 31 mai, le FRONDEG est absent des spécimens de vote de la liste nationale distribués par la Direction générale des élections.
Retour sur une histoire qui tourne en rond
Tout commence fin avril. Le FRONDEG, Front pour la démocratie en Guinée dirigé par Yéro Baldé, annonce le 28 avril son retrait total du double scrutin législatif et communal. Motif : des irrégularités graves dans le processus, des candidatures rejetées sans notification officielle dans plusieurs communes, une administration électorale que le parti accuse de ne pas respecter le Code électoral.
La DGE saisit alors la Cour suprême pour clarification juridique. La haute juridiction rend son arrêt : le retrait annoncé par le FRONDEG « est sans effet. » Les candidatures déjà validées conservent leur statut. Le parti est rétabli dans plusieurs circonscriptions.
Fort de cette décision, le FRONDEG officialise son retour dans la course le 11 mai. Ses responsables communiquent, ses candidats reprennent la campagne. Affaire close, semblait-il.
Les spécimens arrivent. Le FRONDEG n’y est pas.
Dans la nuit du 15 au 16 mai, la DGE distribue les spécimens de vote pour la liste nationale, soit les 26 candidats en représentation proportionnelle pour les 49 sièges du scrutin de liste. Le FRONDEG est absent. Sa tête de liste nationale ne figure pas sur les bulletins distribués aux partis, aux observateurs et aux citoyens.
Cécé 1 Délamou, coordinateur régional du FRONDEG à N’Zérékoré, prend la parole sans détour. Selon lui, la DGE était au courant du retour du parti. La Cour suprême lui a adressé une lettre officielle notifiant que le retrait était sans effet. « C’est une vengeance », dit-il. « C’est une volonté manifeste de supprimer cette liste. »
Son parti compte saisir à nouveau la Cour suprême pour être rétabli dans ses droits. En attendant, il appelle ses militants au calme.
Ce que dit la DGE
La directrice générale, Djénabou Touré, n’a pas répondu directement à cette accusation au moment de la publication de cet article. LeCri24 a sollicité l’institution ce matin. Dans des déclarations antérieures, la DGE a maintenu qu’elle n’appliquait que la loi, et que les complications autour du cas FRONDEG relevaient d’une situation juridique complexe créée par le parti lui-même.
La position officielle : certains candidats du FRONDEG souhaitaient poursuivre leur participation malgré le retrait annoncé par la direction nationale, ce qui a rendu la gestion des listes plus compliquée.
Le tableau général de cette campagne
L’absence du FRONDEG des spécimens de liste nationale ne se lit pas seule. Elle s’inscrit dans un paysage électoral inédit dans l’histoire de la Guinée. Ce scrutin du 31 mai se tiendra sans l’UFDG de Cellou Dalein Diallo, sans le RPG d’Alpha Condé, sans l’UFR de Sidya Touré. Ces formations, piliers de la vie politique guinéenne depuis des décennies, ont été dissoutes en mars 2026.
Ce matin, Abdoulaye Yéro Baldé a déclaré à RFI : « Il n’y a pas assez d’engouement de la part des populations. C’est le signal d’un recul démocratique. Les lois ne sont pas respectées. »
Ces mots viennent du seul leader d’opposition encore formellement dans la course. Quand il parle de recul démocratique, il ne commente pas de loin. Il est candidat.
Ce que le citoyen doit savoir
La liste nationale représente 49 sièges sur les 147 à pourvoir à l’Assemblée nationale. Ces sièges sont attribués à la proportionnelle selon les votes obtenus à l’échelle nationale. Un électeur qui souhaitait voter FRONDEG sur ce scrutin de liste se retrouve aujourd’hui face à un spécimen qui ne reflète pas encore la situation juridique officiellement confirmée par la Cour suprême.
La question reste posée : comment organiser un vote le 31 mai si les bulletins distribués ne correspondent pas aux décisions de la Cour suprême ? La DGE a jusqu’au soir du 28 mai pour corriger les spécimens. Ou pour expliquer pourquoi elle ne le fait pas.
LeCri24 a sollicité la DGE et attend une réponse. Cet article sera mis à jour dès qu’elle sera reçue.
💬 Si le nom de votre parti n’est pas sur le bulletin, votez-vous quand même le 31 mai ?
— LeCri24 | 628 58 42 03
