CONAKRY — Ce mercredi matin, Albert Damantang Camara devait enfin répondre. Depuis le 6 mai, la Chambre de jugement de la CRIEF attendait qu’il produise des documents sur ses revenus avant son entrée au gouvernement d’Alpha Condé. Il s’était lui-même engagé à « consulter ses archives. » Ce matin, au lieu des archives, c’est une bombe procédurale que ses avocats ont posée sur la table.
Ce qui s’est passé
Les débats devaient reprendre normalement. Mais à peine l’audience ouverte, les avocats de la défense ont soulevé une contestation formelle : ils récusaient la composition de la chambre de jugement. Autrement dit, ils contestaient la légitimité des juges appelés à examiner l’affaire.
Les motifs exacts de cette récusation n’ont pas été exposés en audience publique. C’est une procédure légale, reconnue par le droit guinéen, qui permet à une partie de demander le remplacement d’un ou plusieurs magistrats quand elle estime que des conditions d’impartialité ne sont pas réunies.
Le président de la chambre, le magistrat Alpha Camara, a pris acte de la demande. Il a accepté la récusation. Dans la foulée, il a décidé que la chambre se retirait du dossier. L’affaire est renvoyée au rôle général, en attendant qu’une nouvelle formation judiciaire soit désignée pour reprendre les débats depuis le début. Aucune date de reprise n’a été communiquée.
Albert Damantang Camara est rentré chez lui.
Ce que ce procès représente
L’ancien ministre de l’Enseignement technique, puis de la Sécurité et de la Protection civile sous le régime d’Alpha Condé, comparaît libre depuis l’ouverture des débats le 29 avril 2026. Il est poursuivi pour des faits présumés de détournement de deniers publics, corruption, enrichissement illicite et blanchiment de capitaux.
Les montants reprochés sont colossaux. Plus de 222 milliards de francs guinéens n’auraient pas été justifiés lors de son passage au ministère de l’Enseignement technique, entre 2011 et 2021. Plus de 17 milliards au ministère de la Sécurité. Total : 239,3 milliards de francs guinéens, soit plus de 27 millions de dollars au taux actuel.
Ces chiffres sont tirés d’un rapport de l’Inspection générale d’État. Damantang les conteste catégoriquement depuis le premier jour. Il a toujours dit que tous ses décaissements étaient justifiés, et que le rapport de l’IGE avait été rédigé sans qu’il soit jamais entendu.
La question que personne ne dit à voix haute
Le 6 mai, le procureur Charles Wright avait salué « la qualité des réponses » de Damantang. La cour lui avait accordé quinze jours pour apporter des documents complémentaires. Ces quinze jours sont passés. Les archives n’ont pas été produites. Et ce matin, la composition de la chambre a été récusée.
La récusation est un droit. La défense a parfaitement le droit de l’exercer. Rien dans ce qui s’est passé ce matin ne préjuge de la culpabilité ou de l’innocence de Damantang Albert Camara.
Mais une réalité s’impose : trois audiences, deux reports, une récusation. Ce procès, l’un des plus emblématiques jamais instruits par la CRIEF, n’a toujours pas produit un seul verdict sur le fond.
Combien de temps faut-il pour constituer une nouvelle chambre de jugement ? La CRIEF n’a pas communiqué. Et le scrutin du 31 mai approche à grands pas, dans un pays où la justice économique est devenue l’un des marqueurs les plus suivis de la transition politique.
💬 Selon vous, la récusation des juges est-elle une stratégie de défense légitime ou un moyen de faire traîner le procès ?
— LeCri24 | 628 58 42 03
