CONAKRY — Pendant des années, obtenir un passeport guinéen en urgence voulait dire une chose : trouver quelqu’un qui connaît quelqu’un. Un intermédiaire, un « facilitateur », un billet glissé sous une table. Cette réalité-là, le gouvernement vient officiellement de lui déclarer la guerre. Hier mercredi 13 mai, le Premier ministre Amadou Oury Bah a inauguré à Kipé le premier centre de passeport express de Guinée. À partir de maintenant, le document peut être délivré en 24, 48 ou 72 heures. Selon l’urgence. Et sans passer par personne.
Ce qui change concrètement
Le centre est situé dans le quartier de Kipé, à Conakry. Il fonctionne en parallèle des services ordinaires. Son objectif est de traiter les demandes urgentes sans engorger les guichets existants.
La procédure est segmentée en trois niveaux : 24 heures pour les situations les plus pressantes, 48 heures pour les urgences modérées, 72 heures pour les demandes rapides mais moins critiques. Le choix appartient au demandeur. Les documents requis restent les mêmes que pour la procédure ordinaire. L’accès se fait directement au centre — pas de convocation préalable par SMS, pas de réseau à activer.
Un aveu implicite d’un système qui dysfonctionnait
La déclaration du ministre de la Sécurité, le Général Ahmed Mohamed Oury Diallo, vaut plus qu’un communiqué officiel. Il a dit ce que tout le monde savait mais que personne ne formulait à voix haute : « Avant, vous voyiez certains de nos compatriotes obligés de dire : il me faut quelqu’un à la police pour que ma demande soit accélérée. Maintenant, cette accélération peut se faire directement au niveau de ce centre express. »
En lançant ce service, l’État reconnaît qu’il existait une demande légitime d’urgence — des étudiants bloqués avant une rentrée, des malades en attente d’évacuation, des familles coincées avant un voyage — à laquelle le système public ne répondait pas. Et que ce vide avait été comblé par des pratiques informelles.
Ce qu’on ne sait pas encore
Les tarifs du service express n’ont pas été communiqués lors du lancement. C’est une lacune importante : un service de qualité qui reste financièrement inaccessible à la majorité des Guinéens ne résoudra qu’une partie du problème. LeCri24 a sollicité le ministère de la Sécurité pour obtenir la grille tarifaire officielle et en rendra compte dès qu’elle sera disponible.
La question de l’extension hors de Conakry se pose également. Le Premier ministre avait annoncé en avril 2025 une décentralisation de la délivrance des passeports vers les régions à partir de 2026. Le centre de Kipé est une première étape. Quand Labé, Kankan ou N’Zérékoré pourront-elles proposer le même service ? La réponse n’a pas été donnée hier.
Un signal dans un contexte plus large
Ce lancement intervient dans une séquence où le gouvernement multiplie les annonces de modernisation de l’administration : contrats de performance signés avec les ministres, politique foncière nationale lancée, logements sociaux livrés à Sonfonia. La crédibilité de chaque réforme dépend désormais de l’exécution. Pour le passeport express, la réponse sera connue dans les premières semaines d’utilisation — à Kipé et sur le terrain.
💬 Vous avez déjà eu du mal à obtenir un passeport en Guinée ? Racontez-nous ce que vous avez vécu.
— LeCri24 | 628 58 42 03
