À Conakry, l’inauguration du Centre d’Expertise en Économie et en Politiques Publiques (CEEPP) marque une nouvelle étape dans la volonté des autorités guinéennes de renforcer les capacités nationales en matière d’analyse économique et de planification stratégique.
La cérémonie s’est tenue ce mardi 6 mai 2026 sous la présidence de Dre Diaka Sidibé, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, en présence d’Aboubacar Koulibaly, directeur général de Rio Tinto Guinée.
Présenté comme un centre national de référence, le CEEPP aura pour mission de produire des analyses macroéconomiques, d’évaluer les politiques publiques et de modéliser différents scénarios économiques afin d’aider l’État guinéen dans ses prises de décision stratégiques.
Selon les autorités, sept outils de modélisation économique ont déjà été développés au cours de la phase préparatoire du projet, lancée il y a près de deux ans.
Pour Dre Diaka Sidibé, ce nouveau centre symbolise « une gouvernance publique fondée sur la science, la donnée et l’anticipation ».
Mais derrière cette ambition institutionnelle, un autre élément attire l’attention : le financement du centre par Rio Tinto Guinée, acteur majeur du projet minier de Simandou.
L’entreprise australienne occupe une place centrale dans le programme « Simandou 2040 », présenté par les autorités comme l’un des piliers du futur développement économique du pays.
Or, le même centre financé par Rio Tinto est également appelé à analyser, modéliser et évaluer les impacts économiques liés à ce gigantesque projet minier.
Lors de son intervention, Aboubacar Koulibaly a assumé ce positionnement en expliquant que Rio Tinto investissait dans les compétences guinéennes afin que des projets comme Simandou puissent être compris et gérés de manière à produire les meilleures retombées économiques possibles pour le pays.
Cette situation ouvre toutefois un débat sensible autour de la gouvernance et de l’indépendance des outils d’analyse publique.
Plusieurs observateurs s’interrogent déjà sur les garanties d’autonomie dont disposera le CEEPP lorsqu’il devra produire des études ou des évaluations concernant des projets financés par ses propres partenaires.
La question dépasse le seul cas de la Guinée. Dans plusieurs pays riches en ressources naturelles, les relations entre États et multinationales minières soulèvent régulièrement des interrogations sur les mécanismes de contrôle, d’évaluation et de transparence.
Le débat ne remet pas directement en cause les compétences des experts guinéens appelés à travailler au sein du centre. Il porte plutôt sur la nécessité d’établir des garde-fous clairs pour garantir la crédibilité et l’indépendance des futures analyses économiques produites.
À l’heure de publication, le montant exact du financement accordé par Rio Tinto Guinée pour la création du CEEPP n’avait pas été rendu public.
💬 Une entreprise minière peut-elle financer un centre d’analyse économique de l’État sans créer de conflit d’intérêt selon vous ?
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