CONAKRY — 26. C’est le nombre de Guinéens morts dans un naufrage dont les proches ont témoigné cette semaine auprès d’un correspondant de l’Agence France-Presse. Leurs proches ont fait remonter le départ aux derniers jours d’avril. Le drame s’est produit au début du mois de mai. Les circonstances exactes et le lieu précis du naufrage n’ont pas encore été officiellement communiqués.
26 personnes. Pas encore de noms rendus publics. Des familles qui cherchent.
« Une hémorragie pour notre pays »
Le Premier ministre Amadou Oury Bah n’a pas tardé à réagir. Il a utilisé un mot fort : hémorragie. Pas naufrage. Pas accident. Hémorragie — comme on parle d’un saignement qui ne s’arrête pas.
Ce n’est pas la première fois qu’il emploie cette image. Depuis plusieurs semaines, face à la répétition des drames migratoires, le chef du gouvernement guinéen tente de mettre des mots sur une réalité que les chiffres racontent mieux que les discours. Il avait lui-même dressé un tableau sombre lors d’une déclaration antérieure : «Près de 3 000 de nos jeunes attendent d’être rapatriés du Niger, 1 200 du côté de l’Algérie, 400 du côté de l’Égypte, des milliers en Italie.»
Ces chiffres existaient avant ce naufrage. Ils existeront après. L’hémorragie, elle, continue.
Dix jours, trois drames
Ce naufrage de 26 morts n’est pas un événement isolé. Il s’inscrit dans une série documentée depuis le début du mois de mai.
Le 29 avril, N’Nafadima Mariko, étudiante guinéenne née à Fria, se noyait dans les eaux de Mbour au Sénégal. Seule parmi les Guinéens de son groupe à ne pas avoir survécu. Son corps a été inhumé au Sénégal le 1er mai.
Le 26 et le 28 avril, 233 Guinéens rapatriés du Maroc atterrissaient à l’aéroport Ahmed Sékou Touré de Conakry en deux convois — rescapés d’un naufrage au large des côtes marocaines.
Et maintenant, 26 morts confirmés par l’AFP.
Trois événements. Dix jours. Une seule réalité : des centaines de Guinéens tentent chaque mois de traverser des mers qui tuent.
Pourquoi ils partent
La réponse est connue. Elle est douloureuse. Fira, Matam, Kindia, Conakry — dans ces villes et ces préfectures, des familles entières économisent des années pour payer le passage d’un fils, d’un frère, d’un neveu. Pas parce qu’ils ne savent pas que c’est dangereux. Parce que rester, pour beaucoup, l’est aussi — d’une autre façon.
Le chômage. L’absence de perspectives. Des diplômes qui ne mènent nulle part. Des années de jeunesse qui passent sans qu’aucune porte ne s’ouvre. La mer devient une option parce que les autres sont fermées.
«Un peuple qui ne travaille pas dans la justice et l’équité est un peuple qu’on prépare à la colère», écrivait Abdoulaye Yéro Baldé dans son message du 1er mai aux travailleurs guinéens. La colère, certains la transforment en exil. Et l’exil, parfois, finit en naufrage.
Ce que le gouvernement doit expliquer
Le Premier ministre a le bon mot. Il lui manque encore la politique qui va avec.
«Hémorragie», c’est un diagnostic. Ce que les Guinéens attendent maintenant, c’est le traitement. Quelles mesures concrètes ont été prises depuis le dernier naufrage pour dissuader ces départs — pas en fermant des frontières, mais en ouvrant des perspectives ? Quels programmes d’emploi pour les jeunes des préfectures qui alimentent le plus ces filières ? Quelle coopération avec les pays de transit pour protéger les Guinéens en route ?
LeCri24 a sollicité le ministère des Affaires étrangères pour une réaction officielle sur ce naufrage.
Contacté par LeCri24, le ministère des Affaires étrangères n’a pas répondu à notre demande au moment de la publication.
Pour les 26 familles qui attendent des nouvelles, les questions institutionnelles peuvent attendre. Le chagrin, lui, ne l’est pas.
💬 Vous avez un proche sur ces routes migratoires ? LeCri24 écoute — en message privé, en toute confidentialité.
— LeCri24 | 628 58 42 03
