Depuis plusieurs mois, accéder à son propre argent est devenu un véritable défi pour de nombreux Guinéens. Dans les banques comme dans les points de Mobile Money, les scènes se répètent : kiosques sans liquidités, plafonds de retrait extrêmement limités et files d’attente interminables. Pendant ce temps, des milliers de citoyens parcourent des quartiers entiers dans l’espoir de trouver quelques billets.
Ce mercredi 11 mars 2026, la situation reste toujours aussi tendue. Entre annonces des autorités, réactions des acteurs du secteur et colère grandissante des usagers, la crise de liquidité continue de peser lourdement sur le quotidien des populations.
Une réalité difficile dans les quartiers
Dans plusieurs points de retrait à Conakry et dans certaines villes de l’intérieur du pays, les usagers affirment ne recevoir aucune explication claire sur la pénurie persistante de liquidités.
Depuis près d’un an, retirer de l’argent sur un compte bancaire ou via Mobile Money s’apparente souvent à une course d’obstacles. Dans certains établissements, les retraits sont limités à un million de francs guinéens. Dans d’autres, le plafond descend jusqu’à 500 000 GNF.
Pour de nombreux citoyens, la situation est devenue insupportable. À Tombolia, une cliente raconte avoir passé trois jours à chercher deux millions de francs dans différents kiosques, sans succès. Un témoignage parmi tant d’autres, illustrant les difficultés que vivent quotidiennement les Guinéens.
Les organisations du secteur tirent la sonnette d’alarme
Face à cette situation, plusieurs structures ont récemment exprimé leur inquiétude.
L’Union pour la Défense des Consommateurs de Guinée (UDCG) a interpellé la Banque Centrale de la République de Guinée (BCRG) et l’Autorité de Régulation des Postes et Télécommunications (ARPT). Son président, M’Bany Sidibé, estime que les droits des consommateurs sont mis à rude épreuve et appelle les autorités à trouver une solution durable.
De son côté, le Syndicat des Acteurs de la Monnaie Électronique (SAMEL) affirme que la pénurie de liquidités a déjà des conséquences sur l’emploi. Certains agents de kiosques, incapables d’effectuer des opérations faute de cash, se retrouvent aujourd’hui sans activité.
Selon le syndicat, dans certaines zones du pays, il faut parfois parcourir plusieurs kilomètres pour réussir à retirer seulement 200 000 francs guinéens.
Orange Money rappelle les règles
Dans ce contexte, Orange Finances Mobiles Guinée a publié ce mercredi un communiqué à l’attention de son réseau de distributeurs. L’entreprise rappelle l’obligation de respecter strictement la grille tarifaire officielle lors des opérations de retrait.
Elle invite également les clients à signaler toute surfacturation en appelant le 8278.
Cette mise au point intervient alors que certains usagers dénoncent des frais supplémentaires imposés dans plusieurs kiosques, conséquence directe de la rareté du cash.
Les causes d’une crise qui dure
Selon plusieurs analyses économiques et les explications des autorités, la pénurie de liquidités s’expliquerait par plusieurs facteurs.
Parmi eux :
- la forte tendance des citoyens à retirer et conserver leur argent en espèces,
- une baisse de confiance entre certains opérateurs économiques et les banques,
- et une forte demande de cash dans une économie largement dominée par les paiements en espèces.
Cette situation crée un cercle difficile à briser : plus les citoyens retirent leur argent pour le garder chez eux, moins les banques disposent de liquidités pour alimenter les guichets et les kiosques.
La Banque centrale a annoncé avoir mobilisé plusieurs dizaines de milliards de francs guinéens pour renforcer les disponibilités dans les banques commerciales. Cependant, sur le terrain, de nombreux usagers affirment que ces mesures n’ont pas encore produit d’effets visibles.
Des tensions qui gagnent les réseaux sociaux
La crise a également alimenté des polémiques sur les réseaux sociaux. Certains internautes affirment que l’accès au cash dans certains kiosques dépendrait de l’appartenance communautaire ou de la langue parlée.
Une accusation rejetée fermement par le Syndicat des Acteurs de la Monnaie Électronique, qui dénonce des propos dangereux susceptibles d’alimenter les divisions.
Une question de confiance
Pour plusieurs experts, imprimer davantage de billets ne suffira pas à régler le problème. La véritable solution passerait par un renforcement de la confiance entre les citoyens, les banques et les institutions financières.
La modernisation des paiements électroniques est également évoquée comme une piste importante. Mais cette transition reste difficile dans un pays où les transactions en espèces dominent encore largement, notamment dans les marchés et les petites activités commerciales.
Une attente forte des citoyens
Alors que le pays se prépare à d’importantes échéances politiques dans les prochains mois, de nombreux Guinéens espèrent désormais des mesures concrètes pour mettre fin à cette crise.
Pour beaucoup, la question est simple : pouvoir accéder librement à leur propre argent.
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