CONAKRY — La démocratie a un prix. Et ce lundi 9 mars 2026, la Direction Générale des Élections (DGE) a mis les chiffres sur la table. Au terme de quatre jours de travaux intenses menés par une commission financière présidée par l’Office National de Supervision des Élections (ONASUR), la directrice générale Djénabou Touré a rendu officielle, par la décision n° D-2026-0010-MATD-DGE, l’architecture financière complète du double scrutin prévu le 24 mai prochain.
Trois cautions, trois niveaux
Parce que les électeurs guinéens seront appelés à trancher sur trois types de scrutin simultanément, chaque candidat ou liste devra s’acquitter de cautions distinctes, adaptées à chaque compétition.
Briguer un siège de député sur liste nationale, c’est-à-dire via la représentation proportionnelle pour les 49 sièges nationaux, nécessite de déposer au Trésor Public la somme de 300 millions de francs guinéens. Pour les législatives en circonscription, qu’il s’agisse d’un scrutin uninominal ou plurinominal, la barre est fixée à 100 millions de GNF. Enfin, pour les élections communales, les listes devront verser 35 millions de GNF.
Ces montants devront obligatoirement être déposés sur des comptes spéciaux ouverts auprès des démembrements de la DGE, et ce au plus tard 55 jours avant le jour du vote — soit avant le 30 mars 2026 au plus tard. Passé ce délai, aucune tolérance ne sera accordée : une liste sans caution validée sera purement et simplement écartée de la course.
L’argent de campagne aussi sous contrôle
Au-delà du ticket d’entrée que représentent les cautions, c’est tout l’argent dépensé durant la campagne électorale qui sera passé au crible. La DGE a instauré des plafonds stricts et contraignants : les listes engagées dans les législatives ne pourront pas dépenser plus de 12 milliards de GNF en campagne, tandis que les formations briguant les mairies et conseils communaux devront se limiter à 7 milliards de GNF. Toute infraction à ces plafonds expose les contrevenants aux sanctions prévues par le Code électoral guinéen, et c’est la Cour des comptes qui sera chargée de vérifier les comptes de campagne.
Un contexte politique qui rend ces chiffres encore plus lourds
Ces montants, déjà conséquents pour de nombreuses formations politiques, prennent une dimension particulière dans le contexte actuel. La récente dissolution de quarante partis politiques — dont des formations historiques comme l’UFDG, le RPG Arc-en-Ciel et l’UFR — a profondément bouleversé le paysage politique guinéen. Certaines organisations se retrouvent aujourd’hui dans une situation de vide structurel et financier, sans direction clairement établie, à quelques semaines d’une échéance électorale majeure.
Pour les partis encore en lice, notamment ceux qui doivent se présenter simultanément sur les trois scrutins, la facture totale peut rapidement dépasser le demi-milliard de francs guinéens pour les seules cautions. Une réalité qui risque de dessiner une compétition à deux vitesses : d’un côté, les formations bien dotées ; de l’autre, les partis émergents et les candidats indépendants qui pourraient se retrouver exclus non par manque de soutien populaire, mais simplement par manque de moyens.
Un scrutin historique qui se prépare dans l’urgence
À 76 jours du vote, le chronomètre tourne. La DGE se dit prête et appelle tous les acteurs à se saisir du Code électoral sans attendre. Ce double scrutin, inédit par sa configuration, représente un tournant pour la transition guinéenne : les futurs députés et conseillers communaux seront les premiers élus de l’ère post-coup d’État de 2021.
LeCri24 continuera à vous informer sur le dépôt des candidatures, les formations en lice et les coulisses de cette campagne qui s’annonce décisive pour l’avenir politique de la Guinée.
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