La colère gronde au sein de la magistrature guinéenne. La diffusion sur la page Facebook du ministère de la Justice de l’arrêté suspendant le magistrat Kaman Gogana Konomou, juge d’instruction au Tribunal pour enfants, a provoqué une vive indignation au sein de l’Association des Magistrats de Guinée (AMG).
Un acte jugé illégal et contraire aux textes
Dans un communiqué ferme signé par son président, Ibrahima Sory 2 Tounkara, l’AMG rappelle que, si le Garde des Sceaux dispose du pouvoir de suspendre un magistrat, la loi interdit strictement de rendre publique une telle mesure disciplinaire.
L’association cite explicitement :
- L’article 39 de la Loi Organique 054/CNT/2013,
- L’article 26 de la Loi Organique 055/CNT/2013,
des textes qui encadrent la confidentialité des procédures disciplinaires au sein de la magistrature.
Une « atteinte grave » à l’indépendance judiciaire
Pour l’AMG, la publication de l’arrêté sur les réseaux sociaux représente :
- une violation du principe de présomption d’intégrité,
- une atteinte à la dignité du magistrat visé,
- et un acte qui porte préjudice à l’indépendance de la justice.
Le communiqué parle d’une démarche « inacceptable » et « attentatoire », dénonçant une humiliation publique qui fragilise non seulement le magistrat concerné, mais aussi la crédibilité de toute l’institution judiciaire.
Un engagement ministériel non respecté
L’AMG rappelle par ailleurs que le ministre de la Justice avait déjà promis de ne plus publier ce type de décisions disciplinaires.
Pour l’association, cette récidive remet en question la cohérence et la responsabilité du département dans sa gestion de la communication institutionnelle.
Le Conseil Supérieur de la Magistrature interpellé
Face à cet incident, l’AMG invite le Conseil Supérieur de la Magistrature à jouer pleinement son rôle de garant de l’indépendance judiciaire et à réagir. L’organisation prévient qu’elle se réserve le droit de prendre d’autres dispositions pour protéger le statut et la réputation des magistrats.
Quelle suite pour cette affaire ?
Alors que la polémique enfle, plusieurs observateurs craignent une dégradation du climat entre l’exécutif et le corps judiciaire.
Les prochains jours pourraient être décisifs pour apaiser les tensions ou, au contraire, les aggraver.
Affaire à suivre…
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