Le ministre de la Justice a suspendu, ce jeudi, le juge d’instruction Kaman Gogana KONOMOU pour des propos jugés politiques publiés sur les réseaux sociaux. Une mesure disciplinaire qui suscite un vif débat tant chez les professionnels du droit que dans l’opinion publique.
Le Garde des Sceaux estime que les déclarations du magistrat constituent une violation de l’obligation de réserve et des règles déontologiques qui encadrent la fonction judiciaire. L’arrêté ministériel précise que cette suspension préliminaire sera suivie d’une saisine du Conseil supérieur de la magistrature (CSM), chargé de statuer sur d’éventuelles sanctions.
Un débat juridique relancé
La décision n’a pas tardé à provoquer des réactions. Parmi les voix les plus remarquées, celle de maître Almamy Samory Traoré, avocat et observateur de la vie judiciaire, qui dénonce une pratique « déjà critiquée par le passé ».
« On avait pourtant reproché à l’ancien ministre de la Justice d’avoir diffusé publiquement des arrêtés de suspension concernant un magistrat. Aujourd’hui, la situation se répète », regrette-t-il.
Pour lui, le débat dépasse le cas individuel du juge Kaman Gogana et pose la question du respect strict des procédures prévues par la Constitution.
Le juge suspendu conteste la régularité de la procédure
De son côté, le magistrat incriminé rejette la forme et le fond de la décision. Il affirme que le texte fondamental est clair : aucune nomination, sanction ou mesure disciplinaire concernant un magistrat ne peut intervenir sans l’avis conforme du CSM.
Une interprétation confirmée par maître Traoré :
« L’article 150 et les suivants de la Constitution du 26 septembre 2025 exigent l’avis conforme du CSM pour toute décision concernant un magistrat. »
Ce point juridique, au cœur de la controverse, pourrait devenir un test institutionnel pour le pouvoir judiciaire et son indépendance.
Le Conseil supérieur de la magistrature sous pression
L’arrêté ministériel prévoit que le CSM sera saisi pour examiner le dossier. Mais une interrogation majeure demeure : les membres du Conseil accepteront-ils de sanctionner un collègue pour avoir rappelé le rôle constitutionnel de leur propre institution ?
Maître Traoré s’interroge publiquement :
« Les membres du CSM accepteront-ils de sanctionner un confrère pour avoir défendu leurs prérogatives ? Attendons de voir. »
Une affaire révélatrice des tensions dans la justice guinéenne
Au-delà du cas du juge Gogana, cette suspension met en lumière les fragilités persistantes dans la gouvernance du secteur judiciaire : indépendance des magistrats, rapports avec l’exécutif, respect des procédures disciplinaires, et pression de l’opinion publique.
Les jours à venir seront cruciaux pour comprendre jusqu’où ira cette affaire… et ce qu’elle révélera de l’état réel de la justice en Guinée.
— LeCri24
