Un deuxième effondrement en deux semaines. Onze morts à Touba. Une même entreprise en cause. L’émotion est vive, la colère aussi. Et le pays s’interroge : jusqu’à quand les chantiers continueront-ils de tuer ?
Le 25 mai dernier, à Touba, un immeuble de trois étages en construction s’est effondré brutalement au quartier Garage Darou, en pleine journée. Le drame a coûté la vie à onze personnes et causé sept blessés, dont deux dans un état critique, actuellement soignés dans les hôpitaux Cheikh Ahmadoul Khadim et Matlaboul Fawzaini. Une tragédie qui ravive de douloureux souvenirs : à peine deux semaines plus tôt, un autre effondrement survenu à Ngor avait déjà causé deux morts.
Une même entreprise au cœur des deux drames
Derrière ces deux tragédies, une même société de construction : Afribat. Selon les révélations du journal Libération, l’immeuble de Touba avait été construit par cette entreprise, déjà mise en cause à Ngor pour un autre effondrement mortel provoqué par des travaux d’excavation hasardeux. Trois de ses responsables, dont le maître d’œuvre identifié par ses initiales P. F., sont actuellement sous mandat de dépôt à la prison de Rebeuss, poursuivis pour homicides involontaires et mise en danger de la vie d’autrui.
Dans les jours à venir, P. F. devrait être extrait de sa cellule pour être entendu dans le cadre de l’enquête sur le drame de Touba. « Ces auditions visent à cerner les causes techniques de l’effondrement et à situer les responsabilités pénales », a indiqué une source proche du dossier.
Le Parti Teranga exprime sa colère
La réaction politique ne s’est pas fait attendre. Le Parti Teranga Sénégal, dirigé par le Dr Abdoulaye Niane, originaire de Touba, a exprimé dans un communiqué sa « vive indignation » face à ce drame évitable. Le parti présente ses condoléances aux familles des victimes et appelle les autorités à renforcer les contrôles sur les chantiers du pays.
« Il est temps de mettre fin à l’impunité dans le secteur du bâtiment », martèle un habitant de la ville, accouru sur les lieux quelques heures après la catastrophe.
Des questions qui dérangent
Pourquoi ces effondrements se multiplient-ils ? Quelles normes sont réellement appliquées sur les chantiers ? Qui délivre les permis de construire ? À Touba comme ailleurs au Sénégal, le manque de rigueur dans le suivi des constructions et la faiblesse des contrôles techniques sont régulièrement dénoncés par les experts du bâtiment.
Mais pour les familles endeuillées, les rapports techniques ne remplaceront jamais les vies perdues. Alors que l’enquête suit son cours, l’opinion attend des actes forts : sanctions exemplaires, transparence totale et surtout, des réformes concrètes pour que plus jamais, construire ne rime avec mourir.
✍️ Barry Mamadou Alpha
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