Il a traversé les frontières à pied pour fuir la répression, mais ses mots ont traversé les continents. Thierno Monénembo est aujourd’hui l’une des figures majeures de la littérature francophone africaine.
Né le 21 juillet 1947 à Porédaka, au cœur du Fouta-Djalon en Guinée, Thierno Saïdou Diallo, plus connu sous le nom de plume Thierno Monénembo, incarne l’engagement par les mots. Fils d’un fonctionnaire, il grandit dans une Guinée placée sous le joug autoritaire d’Ahmed Sékou Touré. En 1969, alors âgé de 22 ans, il prend une décision radicale : fuir le pays. À pied, il traverse le Sénégal et la Côte d’Ivoire, avant de rejoindre la France en 1973. Là, il décroche un doctorat en biochimie à l’université de Lyon.
Mais la science n’éteindra jamais sa passion pour les lettres. Son premier roman, Les Crapauds-brousse, paraît en 1979 et dévoile une plume lucide et engagée. Le ton est donné : Monénembo sera un écrivain du réel, un témoin des douleurs de l’Afrique postcoloniale.
Une œuvre comme miroir de l’Afrique
Son œuvre, riche et percutante, mêle exil, mémoire, identité peule, luttes politiques et histoire coloniale. D’un roman à l’autre, il explore la condition humaine en contexte africain, avec une voix unique, libre et toujours courageuse.
Parmi ses livres les plus marquants :
- Les Écailles du ciel (1986)
- Pelourinho (1995)
- L’Aîné des orphelins (2000), hommage aux enfants victimes du génocide rwandais
- Peuls (2004), une plongée dans l’histoire et les traditions de son peuple
- Le Terroriste noir (2012), inspiré du tirailleur guinéen Addi Bâ, résistant durant la Seconde Guerre mondiale
- Et bien sûr Le Roi de Kahel, qui lui vaut le Prix Renaudot en 2008. Ce roman retrace l’épopée d’un aventurier français fasciné par la culture peule, Aimé Olivier de Sanderval.
L’écrivain et l’intellectuel engagé
Thierno Monénembo ne se limite pas à la fiction. Il intervient régulièrement dans les médias pour dénoncer les dérives politiques sur le continent. En 2009, dans une tribune publiée par Le Monde, il dénonce avec force le demi-siècle d’oppression en Guinée. « La Guinée, cinquante ans d’indépendance et d’enfer », écrit-il sans détour. Pour lui, l’écrivain est un veilleur, un citoyen qui parle quand les autres se taisent.
Cette parole courageuse lui vaut de nombreuses distinctions : Grand Prix littéraire d’Afrique noire, Prix Tropiques, Grand Prix du roman métis, Prix Ahmadou-Kourouma, et en 2017, le prestigieux Grand Prix de la francophonie.
Aujourd’hui, Thierno Monénembo continue d’écrire, de penser, et surtout de transmettre. À travers ses romans, il nous rappelle que la littérature peut être une arme contre l’oubli, une passerelle entre les mémoires africaines et les générations futures.
« Écrire, c’est refuser de se taire. C’est redonner la parole à ceux qu’on a voulu effacer », confiait-il lors d’un entretien en France.
✍️ Barry Mamadou Alpha
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