CONAKRY — L’annonce a marqué la publication des résultats du baccalauréat unique 2026. En plus d’un taux de réussite national de 38,08 %, le ministère de l’Éducation nationale a annoncé une mesure inédite : les candidats ayant obtenu une moyenne comprise entre 8,50 et 9,99 sur 20 pourront participer à une session de rattrapage prévue 21 jours après la proclamation des résultats.
Cette décision, une première en Guinée, suscite un vif débat. Pour certains, elle représente une avancée en faveur de l’équité. Pour d’autres, elle met surtout en lumière les profondes difficultés du système éducatif guinéen.
Une seconde chance saluée par de nombreux observateurs
Les défenseurs de cette réforme estiment qu’elle apporte une réponse plus juste à des situations où quelques dixièmes de point peuvent condamner un élève à redoubler une année entière.
Selon eux, un candidat qui obtient 9,80 de moyenne ne peut être considéré de la même manière qu’un élève très en dessous de la moyenne. Lui offrir une nouvelle opportunité permettrait de reconnaître les efforts fournis tout au long de l’année et d’éviter qu’un écart minime ne compromette son parcours scolaire.
Ils rappellent également que les sessions de rattrapage existent déjà dans plusieurs pays et constituent un mécanisme destiné à réduire les effets parfois trop rigides des examens nationaux.
Les critiques appellent à traiter les causes du problème
À l’inverse, plusieurs acteurs du monde éducatif considèrent que cette mesure ne répond pas aux véritables défis de l’école guinéenne.
Pour eux, le chiffre le plus préoccupant demeure le 38,08 % de réussite, signe que près de deux candidats sur trois n’ont pas obtenu leur diplôme. Dans cette perspective, le rattrapage apparaît davantage comme une solution ponctuelle qu’une réforme de fond.
Les critiques évoquent notamment des difficultés persistantes : effectifs élevés dans les classes, insuffisance de la formation des enseignants, programmes d’enseignement, manque de ressources pédagogiques et conditions d’apprentissage parfois difficiles.
Ils s’interrogent également sur l’écart important entre le baccalauréat général et l’examen de sortie de l’enseignement technique, dont le taux de réussite atteint 77,55 %.
D’autres craignent qu’à long terme, la multiplication des dispositifs de repêchage puisse alimenter le débat sur le niveau d’exigence des examens nationaux et la valeur du diplôme.
Un débat qui dépasse la seule question du rattrapage
Au-delà des positions opposées, beaucoup reconnaissent que les deux approches peuvent être complémentaires.
D’un côté, la session de rattrapage offre une seconde chance à des candidats proches de la moyenne. De l’autre, elle ne dispense pas d’engager des réformes structurelles pour améliorer durablement les performances du système éducatif.
La véritable évaluation de cette mesure ne se fera pas uniquement à l’issue de la session prévue dans trois semaines. Elle dépendra surtout de l’évolution des résultats du baccalauréat au cours des prochaines années.
Si les taux de réussite continuent de stagner autour de 38 %, nombreux sont ceux qui estiment que le débat devra rapidement dépasser la question du rattrapage pour s’orienter vers une réforme plus profonde de l’école guinéenne.
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