À six jours seulement des élections législatives et communales prévues le 31 mai 2026, une échéance majeure vient de s’abattre sur la classe politique guinéenne. Depuis ce lundi 25 mai à minuit, tout parti politique n’ayant pas déposé un dossier complet de mise en conformité auprès de la Direction générale des affaires politiques perd automatiquement son existence juridique, conformément à la loi organique LO/2025/035/CNT.
Le délai accordé par l’État courait depuis le 25 novembre 2025, soit exactement six mois après la promulgation de la nouvelle loi sur les partis politiques. Cette période transitoire devait permettre aux formations politiques de se conformer aux nouvelles exigences imposées par les autorités de transition.
Une réforme politique aux critères stricts
Le nouveau texte législatif impose désormais des règles plus rigoureuses pour l’existence légale des partis en Guinée. Les formations politiques doivent notamment démontrer qu’elles ont organisé des congrès de restructuration à tous les niveaux, garantir l’alternance démocratique dans leurs organes dirigeants et prouver leur implantation effective dans les trente-trois préfectures du pays.
La loi exige également qu’au moins 30 % des postes décisionnels soient occupés par des femmes, que les dirigeants disposent d’un quitus fiscal valide et que les partis possèdent des sièges fonctionnels à l’échelle nationale comme locale. À cela s’ajoute l’obligation de présenter un programme politique actualisé.
Ces mesures avaient été officiellement rappelées le 25 février 2026 par le ministre de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation, Ibrahima Kalil Condé, qui avait alors accordé un ultime préavis de trois mois aux partis concernés.
Une échéance décisive avant le scrutin du 31 mai
L’importance de cette date dépasse largement le simple cadre administratif. Dans moins d’une semaine, les Guinéens sont appelés aux urnes pour désigner leurs députés et leurs conseillers communaux, dans ce qui constitue le premier double scrutin organisé depuis le changement de pouvoir intervenu en septembre 2021.
Mais le paysage politique s’est considérablement réduit ces derniers mois. Plusieurs grandes formations, dont l’UFDG de Cellou Dalein Diallo, le RPG d’Alpha Condé et l’UFR de Sidya Touré, ont été dissoutes en mars 2026.
Dans ce contexte, le FRONDEG dirigé par Abdoulaye Yéro Baldé apparaît comme l’une des rares formations d’opposition encore officiellement engagées dans la compétition électorale.
Cependant, une interrogation majeure demeure : le FRONDEG a-t-il effectivement déposé son dossier de conformité avant l’expiration du délai ? Si ce n’est pas le cas, le parti pourrait perdre son statut légal et se retrouver dans l’incapacité juridique de présenter des candidats. Une situation qui pourrait entraîner des contestations post-électorales concernant d’éventuels élus issus de cette formation.
Silence des autorités et climat d’incertitude
Ce lundi matin, LeCri24 a tenté de joindre le ministère de l’Administration du Territoire afin d’obtenir le nombre exact de partis ayant déposé leurs dossiers dans les délais réglementaires. Des démarches ont également été entreprises auprès du FRONDEG pour savoir si son dossier avait été officiellement transmis.
À 14 heures, aucune réponse officielle n’avait encore été communiquée.
Plusieurs questions demeurent donc sans réponse :
- Combien de partis sont réellement en conformité avec la nouvelle loi ?
- Le ministère publiera-t-il un bilan officiel avant la fermeture de la journée ?
- Les formations alliées au Groupement des Mouvements Démocratiques ont-elles toutes satisfait aux exigences légales ?
- Que deviendront juridiquement les candidatures soutenues par un parti perdant son statut au moment du scrutin ?
Une question de crédibilité démocratique
Au-delà des procédures administratives, cette situation soulève un enjeu fondamental de transparence démocratique. Les électeurs guinéens ont le droit de savoir si les partis figurant sur les bulletins de vote sont encore légalement reconnus par l’État.
Le ministère de l’Administration du Territoire est désormais attendu sur une communication officielle rapide afin de clarifier la situation avant le vote du 31 mai. De leur côté, les partis politiques engagés dans la course électorale devront également rassurer l’opinion publique sur leur conformité juridique.
Dans un contexte politique déjà marqué par de fortes tensions et des dissolutions successives, cette journée du 25 mai pourrait marquer un tournant décisif dans l’histoire politique récente de la Guinée.
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