VENISE / CONAKRY — Il faut prendre un bateau pour arriver à San Servolo. L’île est petite, ancienne, posée sur la lagune de Venise. C’est là, le 9 mai 2026, que la République de Guinée a ouvert son tout premier pavillon national à la Biennale d’art contemporain — l’une des vitrines artistiques les plus regardées au monde. Cent trente ans d’histoire de la Biennale. Et c’est seulement maintenant que la Guinée traverse.
Six artistes. Une commissaire générale. Un titre — Le Son de l’Art : l’Écho de la Matière. Et un discours d’ouverture qui a résonné bien au-delà de la lagune : « À Venise, on arrive toujours par l’eau. Pas de raccourci. Pas d’entrée discrète. Il faut traverser. Il faut accoster. Ce soir, sur cette île de San Servolo, c’est la République de Guinée qui accoste. »
Un record africain pour ouvrir ce chapitre
La 61e édition de la Biennale de Venise, lancée le 9 mai et ouverte jusqu’au 22 novembre 2026, compte cette année 100 pavillons nationaux. Treize d’entre eux représentent des pays africains — un record depuis la création de l’événement. Et parmi ces treize, quatre nations participent pour la toute première fois : la Guinée, la Guinée équatoriale, la Sierra Leone et la Somalie.
Pour la Guinée, cette première n’est pas un accident. Elle s’inscrit dans une volonté affirmée, portée par la commissaire générale Bilia Bah, avec une scénographie imaginée par l’architecte Carlo Stragapede. Le pavillon réunit six artistes autour d’une question centrale : comment l’humain affronte-t-il un avenir qui se dérobe ? Chaque œuvre est une réponse différente, dans un matériau différent, avec une langue visuelle propre.
Les six voix du pavillon guinéen
Sékou Oumar Thiam ouvre ce dialogue. Son travail interroge, à travers la matière, les ruines et les restes, la capacité des sociétés à se reconstruire et à se projeter. Autour de lui, cinq autres artistes guinéens — dont LeCri24 publiera les portraits dans les prochains jours — explorent cette même tension entre mémoire et futur, entre ce qui s’effondre et ce qui résiste.
Ce qui frappe dans le discours inaugural du pavillon, c’est l’assomption d’un double silence. Celui que d’autres ont imposé à la Guinée. Et celui que la Guinée s’est parfois imposé à elle-même. « Pendant longtemps, nous n’avons pas parlé. D’autres ont parlé pour nous, et nous les avons laissés faire. C’est ce double silence que nous venons rompre ce soir. »
Ce que cette présence dit de la Guinée
Une participation à la Biennale de Venise n’est pas qu’un événement culturel. C’est une prise de position. Les pays qui y envoient un pavillon choisissent comment ils veulent être vus, ce qu’ils veulent dire d’eux-mêmes au reste du monde. La Guinée a choisi de parler de résistance, d’avenir incertain et de reconstruction. Dans un contexte politique et social où les questions sur l’avenir du pays restent ouvertes, ce choix a une portée qui dépasse les murs de San Servolo.
La Biennale court jusqu’au 22 novembre. La Guinée aura six mois pour faire entendre cette voix nouvelle sur la lagune.
💬 Connaissiez-vous l’existence de la Biennale de Venise ? Est-ce que la Guinée devrait y envoyer des artistes chaque année ?
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