CONAKRY — Badra Koné a deux casquettes ce jeudi 7 mai 2026 : tête de liste GMD aux élections communales de Matam, et prévenu devant la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF). Les deux en même temps. Depuis dix jours, il est à la Maison centrale de Coronthie. J-24 avant le vote. Pas un seul meeting.
Sa détention a commencé le 28 avril 2026. L’ancien président de la délégation spéciale de Matam est poursuivi avec neuf autres prévenus — six personnes et trois sociétés — pour des faits présumés de détournement de deniers publics remontant à février 2021. Le montant en cause : 240 milliards de francs guinéens (GNF). Les charges incluent également corruption, faux et usage de faux, escroquerie, enrichissement illicite et blanchiment de capitaux.
Le 4 mai, la CRIEF a ordonné la jonction de procédure avec trois nouveaux prévenus. La détention de Badra Koné a été maintenue.
Et pourtant — sa candidature est valide.
Le 30 avril, le Tribunal de première instance de Mafanco l’a confirmé tête de liste GMD dans la commune de Matam. Il est officiellement en lice pour le 31 mai. Depuis sa cellule.
C’est ici que le litige commence.
L’article 66 du Code électoral guinéen est clair : «Aucun candidat ne peut être privé de sa liberté durant la période de campagne électorale.» Me Lancinet Sylla, l’un de ses avocats, a soulevé cette exception dès l’ouverture des débats le 29 avril. «Les poursuites ont été engagées en toute illégalité», a-t-il plaidé, en demandant la suspension des procédures jusqu’à la proclamation des résultats du 31 mai.
La CRIEF a rejeté la demande.
La position du parquet spécial : les dispositions internes à la Cour rendent certaines immunités électorales inopposables. Les poursuites ne peuvent pas être suspendues. Le statut de candidat — encore provisoire selon le ministère public au moment des faits — ne suffit pas à faire obstacle.
Deux lectures juridiques s’affrontent donc. Pour la défense, la loi électorale est explicite et protège tous les candidats sans exception. Pour le parquet, la CRIEF fonctionne selon un régime particulier qui prime sur le Code électoral ordinaire. Aucun camp ne parle de culpabilité. Le débat porte entièrement sur la procédure.
Pendant ce temps, les 41 colistiers de Badra Koné continuent une campagne sans leur tête de liste. Aboubacar Touré, leur porte-parole, a lancé un appel aux autorités : «Pour qu’il y ait une compétition juste, il faut que tous les candidats soient libres de circuler et de battre campagne librement.» Certains membres ont laissé entendre qu’ils pourraient refuser que les élections communales se tiennent à Matam dans ces conditions.
Ce dossier pose une question que la Guinée n’a pas encore tranchée clairement : quand deux lois se contredisent — le Code électoral d’un côté, le régime dérogatoire de la CRIEF de l’autre — laquelle prime ? Et qui décide ?
Contactés par LeCri24, la CRIEF et le parquet spécial n’ont pas répondu à l’heure de publication.
Pour Badra Koné, J-24. Sans campagne.
💬 Une loi protège les candidats en campagne — une juridiction dit que ça ne s’applique pas ici. Qui a raison selon vous ?
— LeCri24 | 628 58 42 03
