CONAKRY — Ibrahima Kouyaté habite à Coyah. Il a regardé les listes de candidats publiées par la Direction générale des élections. Dans sa circonscription, il y a des candidats de la GMD et deux ou trois autres listes. Il voudrait voter. Il cherche un programme à comparer. Il n’a pas encore trouvé grand-chose.
Dans vingt-sept jours, il votera quand même.
Ce que les chiffres de la DGE disent
La Direction générale des élections a publié les listes provisoires des candidatures pour les législatives et communales du 31 mai 2026. Ces données, objectives et officielles, dessinent un paysage électoral dont il faut prendre la mesure.
Au total : 21 listes retenues pour le scrutin proportionnel national, et 109 listes réparties dans les 50 circonscriptions uninominales et plurinominales. Sur ces 50 circonscriptions, un seul mouvement est présent partout : la Génération pour la Modernité et le Développement, la GMD. Aucun autre parti ou coalition n’atteint ce niveau de couverture territoriale. La GMD est également la seule formation à avoir présenté des candidats dans les circonscriptions spécifiques de Kassa et de la diaspora en Asie.
Derrière elle, le classement est révélateur. Le FRONDEG d’Abdoulaye Yéro Baldé était présent dans 13 circonscriptions — avant d’annoncer son retrait complet du processus le 28 avril. L’Union Démocratique de Guinée couvre 4 circonscriptions. Le Bloc Libéral et l’Union pour le Progrès et le Renouveau sont présents dans 2 chacun.
Un détail juridique important : la GMD, en tant que mouvement et non parti politique légalement constitué, ne peut pas présenter de liste au scrutin proportionnel national. L’article 105 de la Constitution est explicite sur ce point — seuls les partis politiques y accèdent. C’est pourquoi la GMD s’appuie sur des partis alliés pour la liste nationale : le RGT d’Ousmane Dady Camara et le RDN, entre autres, portent ses couleurs à la proportionnelle.
Une campagne qui démarre fort
Ce weekend, la machine était en marche.
À Kagbelen, le RDN — allié GMD — lançait sa campagne par un carnaval géant. Le directeur de campagne Lamah Golota Raphaël a annoncé vouloir « défendre l’autonomisation féminine, la transparence et la justice à l’Assemblée. » À Dixinn, la directrice communale de campagne GMD, Dr Hadja Fatou Sikhé Camara, réunissait ses 43 candidats — législatifs et communaux confondus — pour leur fixer une ambition sans ambiguïté : « conquérir la commune avec un score écrasant. » L’objectif affiché : 90% des sièges.
Le RGT, de son côté, a présenté sa stratégie de « quadrillage systématique du territoire, mètre carré par mètre carré. » Son président Ousmane Dady Camara a réuni en début de semaine les 49 candidats de sa liste nationale. L’allié Alhousseine Makanera Kaké a comparé l’organisation du RGT à l’équipe du Brésil des années 60. La métaphore dit quelque chose sur l’ambiance.
Ce que le retrait du FRONDEG change
Les données DGE ont été publiées avant le retrait du FRONDEG le 28 avril. Les 13 circonscriptions où il était présent sont désormais, pour l’essentiel, des terrains où la GMD n’aura plus de concurrent majeur. Ce calcul est mécanique, pas politique.
Il faut ajouter à ce tableau les partis dissous ou hors processus depuis plus longtemps : le RPG Arc-en-ciel d’Alpha Condé, l’UFDG de Cellou Dalein Diallo, l’UFR de Sidya Touré — toutes des formations qui structuraient le débat électoral guinéen depuis des années. Elles ne seront pas sur les bulletins du 31 mai.
Le PPC, lui, a annoncé son retour dans les élections communales ce weekend. Un signal inverse. Mais sa couverture territoriale reste limitée.
La question du pluralisme réel
Ce constat factuel soulève une question que les Guinéens sont légitimement en droit de se poser : une élection où une seule formation est présente partout, et où les principaux partis d’opposition ne participent pas, produit-elle une Assemblée nationale représentative de la diversité du pays ?
Il n’y a pas de réponse unique à cette question. Le gouvernement dirait — avec des arguments — que le processus est ouvert, que les partis ont fait le choix de se retirer, et que 21 formations participent à la proportionnelle. Les observateurs diraient — avec d’autres arguments — qu’une compétition réelle suppose des adversaires en nombre et en capacité comparables.
Ce débat n’appartient ni à LeCri24 ni à aucun médias. Il appartient aux Guinéens qui vont voter le 31 mai — dont Ibrahima à Coyah, qui cherche encore un programme à comparer.
Il lui reste vingt-sept jours.
💬 Dans votre circonscription, combien de listes différentes avez-vous vues ? Est-ce suffisant selon vous pour parler d’un vrai choix ?
— LeCri24 | 628 58 42 03
