Le Conseil National de la Transition (CNT) a scellé, ce mercredi 1er avril, le destin financier de la première année du septennat. Avec l’adoption à l’unanimité de la Loi de Finances Initiale (LFI) 2026, l’État guinéen affiche une ambition démesurée : 64 181 milliards de GNF de dépenses, une envolée de plus de 18 % par rapport à l’exercice précédent.
Sur le papier, les chiffres font rêver : une croissance projetée à 9,5 % et une inflation que le gouvernement jure de maintenir sous la barre des 4 %. Mais derrière cette « République des milliards » se cache une équation complexe. Pour financer ce train de vie, l’État compte muscler sa pression fiscale à 14 % du PIB. En clair, les régies financières (Impôts et Douanes) ont reçu l’ordre de mobiliser près de 50 000 milliards de GNF. Une pression qui, inévitablement, finira par peser sur les entreprises et, par ricochet, sur le panier de la ménagère déjà éprouvé par la rareté du cash.
Pour le Guinéen qui nous lit depuis son étal à Madina ou son bureau à Kankan, la question n’est pas de savoir si le budget est « équilibré », mais s’il est « utile ». L’augmentation massive des dépenses publiques doit répondre à une urgence de terrain : l’accès à l’eau, l’électricité stable et la fin des routes impraticables. L’État doit clarifier comment une pression fiscale accrue peut cohabiter avec la promesse de prospérité. Le citoyen est en droit d’attendre que ces 64 000 milliards ne servent pas uniquement au fonctionnement de l’appareil d’État, mais qu’ils irriguent enfin l’économie réelle pour faire baisser le prix du sac de riz.
En votant ce budget record, la Cinquième République joue son va-tout. Si la croissance de 9,5 % reste un chiffre abstrait dans les rapports du CNT sans impact sur le pouvoir d’achat, le risque d’une déconnexion totale entre le sommet et la base n’aura jamais été aussi grand. L’heure n’est plus aux projections, mais à l’exécution.
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