Interrogé par Deutsche Welle, l’écrivain guinéen Tierno Monenembo n’a pas mâché ses mots sur l’élection présidentielle organisée le 28 décembre en Guinée. Pour le lauréat du prix Renaudot 2008, le scrutin ne saurait être considéré comme un rendez-vous démocratique crédible.
Sans détour, l’auteur estime que le processus électoral a été construit pour servir un homme et un camp. Selon lui, la Constitution aurait été façonnée sur mesure, après la levée de tous les garde-fous prévus par la Charte de la transition. À ses yeux, l’élimination politique des adversaires — par l’exil, l’emprisonnement ou la radiation des listes électorales — a vidé le scrutin de toute substance démocratique.
« On ne peut pas appeler cela une élection », tranche-t-il, dénonçant ce qu’il considère comme une mise en scène politique. Pour l’intellectuel guinéen, il s’agit d’une continuité du pouvoir par d’autres moyens : après la prise de pouvoir par la force, viendrait désormais la confiscation par le vote, vidé de son sens.
Interrogé sur ce qu’il attend de l’après-scrutin, Tierno Monenembo se montre tout aussi pessimiste. Il redoute une concentration totale du pouvoir entre les mains du président de la transition, Mamadi Doumbouya, qui se prévaudrait d’une légitimité électorale contestée pour gouverner sans contre-poids.
Selon l’écrivain, cette situation ouvrirait la voie à un régime autoritaire assumé, où la force primerait sur le droit. « C’est une dictature qui chercherait à se donner une façade légale », laisse-t-il entendre, inquiet des conséquences pour les libertés publiques et l’État de droit en Guinée.
Ces déclarations, largement relayées sur les ondes internationales, viennent raviver le débat sur la crédibilité du processus électoral guinéen et sur l’avenir démocratique du pays, à un moment charnière de son histoire politique.
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