La Guinée croyait avoir tourné certaines pages sombres de son histoire. Pourtant, des signes inquiétants rappellent aujourd’hui des pratiques que beaucoup pensaient définitivement révolues. Arrestations spectaculaires, décisions sans fondement judiciaire clair, glorification d’un passé douloureux : le pays donne l’impression de replonger dans des réflexes autoritaires que le temps n’a jamais vraiment effacés.
Depuis quelque temps, le climat politique se durcit. Le pouvoir en place semble davantage préoccupé par la réhabilitation symbolique d’un régime profondément clivant que par la réconciliation nationale ou l’organisation d’élections crédibles. Dans l’espace public, des discours chargés d’idéologie, parfois teintés de relents tribalistes, refont surface. Pour de nombreux citoyens, cette atmosphère ravive les souvenirs d’une époque marquée par la peur, la répression et le silence imposé.
L’histoire nous enseigne pourtant une leçon simple : une dictature ne disparaît jamais par miracle. Elle s’éteint seulement lorsque les institutions sont assainies, lorsque la justice est indépendante et lorsque le peuple reste vigilant. À défaut, elle renaît sous d’autres formes, avec de nouveaux visages, mais les mêmes méthodes. La Guinée n’échappe pas à cette règle. Faute d’un véritable travail de mémoire et de justice, les germes de l’autoritarisme continuent de prospérer.
Ce qui choque aujourd’hui, ce n’est pas seulement l’orientation politique, mais aussi l’usage des ressources publiques. Des fonds de l’État, qui devraient prioritairement servir à construire des écoles, des hôpitaux, des routes et des ponts, sont soupçonnés d’être mobilisés pour des projets de glorification idéologique. Pour beaucoup de Guinéens, cette orientation pose une question essentielle : à qui profite réellement l’argent public ?
Dans un État de droit fonctionnel, de telles décisions feraient l’objet de débats parlementaires, de contrôles administratifs et, au besoin, de recours judiciaires. Mais la réalité guinéenne est plus brutale. La justice, souvent perçue comme inféodée au pouvoir exécutif, peine à jouer son rôle d’arbitre impartial. Les institutions de contrôle, comme la CRIEF, se retrouvent au cœur des interrogations citoyennes, tant leur silence ou leur inaction semblent illustrer les limites actuelles de l’État de droit.
Les récentes opérations de déguerpissement de figures politiques, menées de manière expéditive et fortement militarisée, ont accentué ce malaise. L’image de soldats encagoulés exécutant des décisions administratives, sans communication claire ni procédure transparente, renforce l’idée d’une justice à deux vitesses. Dans ces conditions, beaucoup ont le sentiment que le pays n’est plus gouverné par la loi, mais par la volonté d’un homme ou d’un clan.
Au fond, la question centrale demeure : la Guinée appartient-elle à ses citoyens ou à ceux qui exercent momentanément le pouvoir ? Tant que cette interrogation restera sans réponse claire, le risque de voir se répéter les erreurs du passé restera élevé. L’histoire, lorsqu’elle n’est pas regardée en face, finit toujours par revenir frapper à la porte.
✍️ Tribune inspirée des réflexions de Tierno Monenembo
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