L’écrivain guinéen de renommée internationale Tierno Monénembo a livré une prise de parole d’une rare brutalité morale, dressant un constat sans concession de la trajectoire citoyenne et politique de la Guinée. À travers des mots forts, l’auteur met en cause non seulement les dirigeants, mais aussi la société elle-même, qu’il juge enfermée dans une longue tradition de soumission et de renoncement collectif.
Selon lui, la Guinée n’a pas encore réussi à faire émerger une citoyenneté pleinement consciente de ses droits et capable de les défendre, même au prix du sacrifice. Cette incapacité, affirme-t-il, a ouvert la voie à une concentration excessive du pouvoir entre les mains d’un seul homme, érigé en figure intouchable, au-dessus des lois et des institutions.
Dans son analyse, le chef d’État n’apparaît plus comme un simple dirigeant politique, mais comme une autorité quasi divine, disposant sans contrôle du sort des citoyens, des ressources minières et des finances publiques. Arrestations arbitraires, violences, disparitions, confiscation des richesses nationales : tout devient possible lorsque le pouvoir n’est plus encadré par une société vigilante et engagée.
Mais le propos de Tierno Monénembo va plus loin. Il pointe une responsabilité collective, évoquant une forme de lâcheté sociale profondément ancrée, nourrie par la peur, le silence et l’acceptation de l’inacceptable. Pour l’écrivain, ce climat a contribué à transformer le dirigeant en une incarnation des angoisses populaires, renforçant un système où l’obéissance prime sur la citoyenneté.
Cette sortie, largement relayée dans les cercles intellectuels et sur les réseaux sociaux, relance un débat fondamental : la Guinée peut-elle rompre avec la personnalisation extrême du pouvoir sans une profonde remise en question de sa culture politique et civique ? La question reste ouverte, mais les mots de Monénembo, eux, résonnent comme un appel urgent à la lucidité et à la responsabilité collective.
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