Aux premières heures du lundi 17 novembre 2025, les rues de Kérouané se sont remplies de citoyens venus exprimer un ras-le-bol longtemps accumulé. Au cœur de leur révolte : le projet minier Simandou, présenté comme un chantier historique pour la Guinée, mais perçu par les habitants comme une source de frustrations et d’injustices.
Un ras-le-bol lié à l’eau et à l’électricité
Selon plusieurs témoins et responsables locaux, le manque d’accès à l’eau – aggravé par la perturbation des rivières due aux travaux – a été l’élément déclencheur de cette mobilisation. S’y ajoutent de longues coupures d’électricité qui affectent la vie quotidienne.
Interrogé par LeCri24, Ansoumane Diabaté, président de l’Union des Entrepreneurs de Kérouané, confirme l’ampleur de la grogne :
« La population est sortie parce qu’elle ne bénéficie d’aucun service essentiel, alors que Simandou est présenté comme un mégaprojet », explique-t-il.
Manifestation pacifique, mais quelques interpellations
Le mouvement s’est déroulé sans violence majeure, assure le responsable local.
« Il n’y a eu ni morts ni blessés, seulement quelques arrestations », souligne-t-il, précisant que le soulèvement n’était dirigé ni contre les autorités administratives ni contre des acteurs politiques, mais contre les conditions d’exécution du projet.
Contenu local : les entreprises de Kérouané se sentent exclues
Au cœur des revendications, un grief central : l’absence de retombées économiques locales.
Les entrepreneurs de la préfecture dénoncent leur exclusion systématique des marchés de construction et des activités minières.
« Alors que nous devrions être les premiers bénéficiaires, nos entreprises ne sont pas sollicitées », regrette Ansoumane Diabaté.
Il met également en cause des pratiques opaques dans le recrutement :
– Les 30 % d’emplois prétendument réservés aux locaux ne seraient jamais attribués.
– Des candidats auraient été contraints de payer entre 6 et 7 millions GNF pour accéder à un poste.
« Les citoyens ordinaires ne peuvent pas se permettre de telles sommes », dénonce-t-il.
Un dialogue fragile, une tension persistante
Depuis le lancement du projet, des discussions sont engagées entre entrepreneurs, autorités locales et responsables du chantier. Pourtant, les frustrations ne faiblissent pas.
« Ceux qui ont manifesté aujourd’hui sont ceux qui refusent la voie du dialogue que nous essayons de maintenir », affirme Diabaté.
Une région clé, mais en souffrance
Kérouané est un maillon stratégique du projet Simandou, mais aussi une zone fragilisée :
- infrastructures dégradées,
- impacts environnementaux visibles,
- déficit de services sociaux de base,
- gouvernance contestée.
L’onde de choc de cette manifestation pourrait relancer le débat national sur les retombées locales du plus grand projet minier d’Afrique de l’Ouest.
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