« L’armée guinéenne est née pour défendre la dignité retrouvée d’un peuple libre. »
— Ahmed Sékou Touré, premier Président de la République de Guinée
🛡️ Une naissance dans la ferveur de l’indépendance
Le 1er novembre 1958, un mois après le célèbre « Non » au référendum du 28 septembre, la Guinée indépendante crée ses Forces armées nationales.
Sous la direction du capitaine Noumandian Kéita, premier secrétaire d’État à la Défense nationale, 737 soldats — pour la plupart anciens tirailleurs de l’armée française — posent les fondations de l’armée guinéenne.
Dans un contexte d’euphorie patriotique, le président Ahmed Sékou Touré érige l’armée en symbole de souveraineté et de dignité nationale.
L’objectif est clair : défendre le territoire, protéger le peuple et incarner l’indépendance naissante.
⚔️ Une armée au cœur d’une révolution
Sous le régime du PDG, l’armée n’est pas seulement une institution militaire ; elle devient idéologique et révolutionnaire.
Dans les années 1960-1970, elle sert à la fois à protéger la République et à soutenir le projet socialiste africain voulu par Sékou Touré.
Mais l’épisode tragique du 22 novembre 1970, connu sous le nom d’Opération Mer Verte, changera tout.
Des commandos portugais, aidés par des opposants exilés, attaquent Conakry. L’armée guinéenne résiste vaillamment, mais la répression qui s’ensuit entraîne purges, arrestations et paranoïa politique.
C’est le début d’une longue confusion entre sécurité du régime et défense nationale.
🧨 De la libération à la politisation : coups d’État et recompositions
Après la mort de Sékou Touré, le 3 avril 1984, l’armée reprend le pouvoir sous la houlette du colonel Lansana Conté.
Ce coup d’État, accueilli comme une libération, installe durablement les militaires au cœur de la vie politique.
Mais au fil des années, l’institution se fragmente, gangrenée par le clientélisme, l’ethnicisme et la corruption.
En 2008, à la mort de Conté, le CNDD mené par le capitaine Moussa Dadis Camara prend le pouvoir, promettant la moralisation et la réforme.
L’espoir s’effondre rapidement : le massacre du 28 septembre 2009 plonge l’armée dans l’un des chapitres les plus sombres de son histoire.
Des centaines de manifestants pacifiques sont tués ou violés. Ce jour-là, la confiance entre le peuple et ses forces de sécurité est brisée.
🪖 Réformes, espoirs et rechutes
Sous Alpha Condé (2010-2021), une réforme du secteur de la sécurité (RSS) est engagée.
Des milliers de militaires sont mis à la retraite, des formations initiées, des tentatives de professionnalisation lancées.
Mais malgré ces efforts, les violences policières continuent, ternissant le processus.
Le 5 septembre 2021, le colonel Mamadi Doumbouya renverse Alpha Condé.
Le CNRD promet une refondation morale de l’armée et une transition vers un État exemplaire.
Quatre ans plus tard, en 2025, le chantier reste immense : la discipline, la transparence et la neutralité politique demeurent des défis quotidiens.
⚙️ Forces et faiblesses de 67 ans d’histoire
Ce qui fait la force de l’armée guinéenne :
- Une capacité éprouvée à préserver l’unité nationale face aux menaces extérieures.
- Une contribution active aux missions internationales de paix (ONU, CEDEAO).
- Une fierté nationale ancrée dans la mémoire collective.
Ce qui la fragilise :
- Une politisation persistante depuis l’indépendance.
- Des violations récurrentes des droits humains.
- Une impunité institutionnelle qui mine la crédibilité.
- Des conditions de vie inégales entre la base et la hiérarchie.
🔥 Le défi de la modernisation et de la réconciliation
Soixante-sept ans après sa création, les forces armées guinéennes doivent se redéfinir.
Leur avenir repose sur trois piliers :
- Réhabilitation morale et éthique
— Bannir les abus, restaurer la discipline, rétablir l’honneur de l’uniforme. - Réforme structurelle et technologique
— Moderniser l’équipement, numériser les services, renforcer la formation. - Redéfinition du pacte civilo-militaire
— Servir la République sans interférer dans la politique, et protéger le peuple avant tout.
🕊️ Le devoir de vérité et de mémoire
Chaque 1er novembre doit rappeler que l’armée guinéenne n’appartient pas à un homme ni à un régime, mais à toute la Nation.
Aimer son armée, c’est aussi lui dire la vérité :
elle a été héroïque dans certaines batailles, mais fautive dans bien des drames.
Reconnaître cette dualité, c’est la première étape pour bâtir une armée républicaine, humaine et moderne.
🇬🇳 Et Maintenant ?
À 67 ans, les forces de défense et de sécurité de la Guinée sont à la fois le témoin du passé et l’espoir de l’avenir.
Elles ont su garder le pays debout dans les tempêtes, mais doivent désormais prouver qu’elles peuvent garantir la paix sans la peur.
L’heure n’est plus à la célébration symbolique, mais à la transformation réelle.
Pour que la devise « Servir et protéger » prenne enfin tout son sens.
🖋️ Barry Mamadou Alpha
Rédaction : LeCri24.com
📅 Conakry, 1er novembre 2025
