Entre nids-de-poule géants, poussière étouffante et heures interminables de trajet, la route nationale reliant Dabola à Mamou est devenue un cauchemar pour les usagers.
« C’est comme si on traversait un champ de bataille », lâche Ibrahima, chauffeur de taxi-brousse rencontré à Bissikrima. Comme lui, des centaines d’automobilistes, de commerçants et de voyageurs empruntent chaque jour cet axe stratégique du centre de la Guinée, vital pour les échanges entre Conakry et l’intérieur du pays. Mais au lieu d’une voie rapide, ils affrontent une succession de pièges : nids-de-poule béants, bitume effrité, tronçons complètement défoncés, et parfois même des zones devenues impraticables après chaque pluie.
Le tronçon est si délabré que certains véhicules y laissent suspension, pneus… et patience. Les plus malchanceux passent la nuit sur la route, immobilisés faute de dépannage rapide. Et ce n’est pas seulement une affaire de confort. Des cas de femmes enceintes contraintes d’accoucher en cours de route, ou de malades décédés faute d’arrivée rapide à l’hôpital, ont été rapportés par plusieurs riverains.
Face à la colère montante, les autorités assurent que des projets de réhabilitation sont prévus. Le ministre des Infrastructures avait annoncé en 2023 une série de travaux sur plusieurs axes nationaux, mais jusque-là, aucune action concrète n’a été observée sur cette portion cruciale. Pendant ce temps, les populations locales s’improvisent réparateurs, remplissant les trous avec du gravier ou de la terre, souvent au péril de leur propre sécurité.
Pour de nombreux Guinéens, l’état de cette route est le reflet d’un abandon plus large de l’arrière-pays. « On dirait qu’on ne compte pas », souffle une commerçante du marché de Mamou, obligée de doubler les frais de transport de ses marchandises à cause des retards et des pannes fréquentes.
Au-delà de l’indignation, c’est un cri de détresse que lancent les populations. Car une route, ce n’est pas juste un ruban de bitume : c’est un lien vital entre les citoyens, les opportunités économiques, et parfois même entre la vie et la mort.
Les regards sont désormais tournés vers le gouvernement. Tiendra-t-il enfin parole, ou laissera-t-il les roues continuer de s’enfoncer dans la poussière ?
✍️ Barry Mamadou Alpha
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