🖋️ Par Tierno Monénembo
La Guinée traverse une fois de plus un moment de bascule historique, et l’écœurement est à son comble. Pour quiconque possède encore une once de lucidité ou un minimum de conscience civique, le spectacle actuel que nous offre notre pays est tout simplement insoutenable. La tragédie politique qui s’y joue semble être une énième répétition d’un scénario trop bien connu : celui du pouvoir accaparé, de la trahison des promesses, et de la confiscation du destin collectif par une minorité.
Mamadi Doumbouya, le colonel arrivé en héros le 5 septembre 2021, a réveillé les espoirs d’un peuple meurtri par des décennies de dictature. Il avait entre les mains l’occasion unique d’entrer dans l’Histoire par la grande porte. Il aurait pu, comme ATT au Mali, s’effacer après avoir jeté les bases d’une véritable refondation. Mais à la place, nous voilà à revivre les mêmes dérives, les mêmes promesses trahies. Il marche aujourd’hui sur les traces de Dadis Camara, englouti par le même système, entouré par les mêmes vautours et emporté par la même soif de pouvoir.
Ce n’est pas la fatalité qui nous condamne à ces régressions répétées. C’est bien la faillite totale de nos élites – universitaires, militaires, religieuses. Une classe dirigeante sans vision, sans courage, sans dignité. Une société gangrenée par l’opportunisme, où les intellectuels chantent pour le pouvoir, où les religieux se soûlent aux pots-de-vin, et où la rue se transforme en théâtre de la servitude volontaire.
Comment peut-on encore soutenir un régime qui foule aux pieds la Charte de la Transition, qui multiplie les disparitions et les arrestations arbitraires ? Les cas de Sadiba Koulibaly, Célestin Bilivogui, Dr Dioubaté, Foninké Mengué, Billo Bah, Saadou Nimaga et Marouane Camara sont autant de cris étouffés dans le silence coupable de ceux qui dansent dans la fange au nom d’un pouvoir illégitime.
Nous sommes arrivés à un niveau de déchéance tel que nos ancêtres, s’ils savaient ce que nous sommes devenus, auraient peut-être préféré ne jamais avoir de descendants.
Guinéens, il est temps de se réveiller, de regarder en face cette vérité dérangeante : nous ne sommes pas un pays normal. Et tant que nous ne refuserons pas collectivement cette norme de l’échec, nous continuerons de sombrer, à chaque génération, un peu plus bas.
