CONAKRY — Oumar présente une émission politique sur une radio privée de Conakry. Depuis une semaine, des proches de candidats l’appellent chaque soir pour « passer un message. » Dès aujourd’hui, il doit vérifier leur statut officiel avant de les mettre à l’antenne. S’il ne le fait pas, sa station risque une sanction immédiate.
Ce mardi 5 mai, à vingt-six jours des élections législatives et communales, la Haute Autorité de la Communication a publié un communiqué officiel. Le ton est ferme. Les règles, précises.
Seuls les candidats validés peuvent parler
La première mesure est la plus structurante. Désormais, seuls les candidats officiellement validés — et leurs suppléants — sont autorisés à s’exprimer dans les médias dans le cadre de la campagne. Publics, privés, en ligne : la règle s’applique partout.
La validation doit provenir soit de la Cour suprême, soit de la Direction générale des élections. Pas d’une liste de parti. Pas d’une déclaration informelle. D’un document officiel.
Traduction concrète : un responsable politique dont la candidature n’a pas été validée ne peut plus aller sur un plateau pour « soutenir » son camp. Un représentant informel d’un mouvement n’a plus droit à la parole dans les émissions politiques liées à la campagne.
Les « intermédiaires » sont interdits
C’est la deuxième mesure, et elle change beaucoup de choses dans le paysage médiatique guinéen.
Les chroniqueurs, soutiens, porte-paroles non officiels et représentants informels sont désormais exclus des débats politiques liés à la campagne — y compris dans les émissions payantes. Seul le candidat ou son suppléant validé peut s’exprimer en son nom.
Cette décision vise ce que les professionnels des médias connaissent bien : les intervenants « missionnés » qui viennent porter un message sans en assumer la responsabilité officielle. Parfois payés, parfois mandatés en coulisses, rarement identifiables clairement pour le téléspectateur ou l’auditeur.
Les journalistes en première ligne
La HAC ne pointe pas seulement les candidats. Elle pointe aussi les médias.
Les directeurs d’information et les animateurs sont désormais personnellement responsables de la vérification de l’identité et du statut de chaque invité avant diffusion. En cas de manquement, les sanctions s’appliquent aux deux côtés : media et candidat concerné.
C’est une pression réelle sur les rédactions. Vérifier le statut officiel d’un invité avant une émission en direct demande du temps, des outils et une coordination avec la DGE ou la Cour suprême — dans un environnement où les informations ne circulent pas toujours vite.
Les réseaux sociaux, angle mort de ces règles
Ces mesures renforcent le cadre légal de la campagne dans les médias traditionnels. Elles ne touchent pas les réseaux sociaux.
Or, en Guinée comme ailleurs, une bonne partie du débat politique se déroule aujourd’hui sur Facebook, WhatsApp, TikTok et YouTube. Des candidats communiquent directement avec leurs électeurs. Des soutiens informels multiplient les vidéos et les messages audio. Des rumeurs circulent sans aucun filtre.
La HAC peut sanctionner une radio ou une télévision. Elle ne peut pas sanctionner un groupe WhatsApp. C’est là que réside le vrai défi de ces vingt-six prochains jours.
Ces règles fixent un cadre. Elles ne règlent pas tout. La campagne électorale guinéenne de 2026 se jouera aussi — peut-être surtout — là où la HAC n’a pas de prise.
💬 Ces restrictions vont-elles améliorer la qualité du débat politique en Guinée — ou simplement déplacer les échanges vers les réseaux sociaux ?
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