CONAKRY — Le Premier ministre Amadou Oury Bah a dit, ce week-end, que « la Guinée est dans une dynamique de renouveau » et que le pays est « prêt pour le décollage. »
Ce n’est pas une phrase banale. Elle vient du chef du gouvernement. Elle mérite d’être prise au sérieux — et d’être mise en regard avec les faits des dernières soixante-douze heures.
Ce que le PM dit
La déclaration de Bah Oury s’inscrit dans un registre qui lui est familier. Depuis son investiture, il défend une Guinée en transition vers quelque chose de meilleur — un pays qui sort d’une période difficile, qui pose des fondations, qui se prépare à une autre étape. Le « décollage » est l’image de cette promesse : un avion qui roule sur la piste, accélère, et va bientôt quitter le sol.
Le 31 mai, avec les élections législatives et communales, représente pour le gouvernement cette étape. Une Assemblée nationale élue, des conseils communaux installés — et la transition institutionnelle officiellement terminée.
C’est une lecture cohérente. Elle n’est pas sans fondement.
Ce que le weekend a montré
Mais ce même weekend, plusieurs signaux sont allés dans une autre direction.
Reporters sans frontières a classé la Guinée au 111e rang mondial de la liberté de la presse — 33 places perdues en trois ans, passage en catégorie « difficile. » Le syndicat des journalistes guinéens, le SPPG, a décrit ce 3 mai des rédactions sans contrats, des journalistes sous menace, une profession fragilisée économiquement et judiciairement.
Du côté électoral, le FRONDEG a quitté le processus du 31 mai. Le président du CNT, Dr Dansa Kourouma, s’est révélé candidat aux législatives via une démission jamais rendue publique. La DGE a saisi la Cour suprême sur les candidats en dissidence. Le Bloc Libéral conteste les conditions de dépôt des cautions.
Sur le plan social, les travailleurs n’ont pas pu défiler le 1er mai — festivités reportées par le gouvernement lui-même, au motif de la préparation d’une délégation pour Genève.
Et pendant ce temps, des équipements militaires russes — drones, gilets, casques — ont été livrés à Conakry le même jour que la fête du travail était annulée.
Deux lectures d’un même pays
Il y a une façon honnête de lire cette tension.
Le gouvernement dirait — et il aurait partiellement raison — que ces signaux négatifs sont précisément la raison pour laquelle le 31 mai est nécessaire. Que les élections sont la réponse institutionnelle à ces insuffisances. Que la démocratie se construit, elle ne se décrète pas du premier coup.
L’opposition et les observateurs diraient — et ils auraient aussi partiellement raison — qu’un décollage ne peut pas avoir lieu sur une piste aussi disputée. Que des élections organisées sans pluralisme réel, dans un climat de presse sous pression et d’opposition réduite, produiront une Assemblée nationale dont la légitimité sera fragile dès le départ.
Ces deux lectures coexistent. LeCri24 n’en choisit pas une à la place des Guinéens.
La seule question qui compte
Un pays peut être simultanément en progression sur certains indicateurs et en recul sur d’autres. La Guinée de mai 2026 est les deux à la fois — et c’est précisément ce que le débat public doit permettre de mesurer, de nommer, et de corriger.
Le « décollage » promis par Bah Oury aura lieu ou il n’aura pas lieu. Mais il ne dépend pas d’une déclaration. Il dépend de ce qui se passera le 31 mai, de la façon dont les résultats seront acceptés, et de ce que fera la nouvelle Assemblée nationale dans ses premières semaines.
LeCri24 sera là pour le documenter.
💬 Pour vous, qu’est-ce qui devrait se passer concrètement d’ici le 31 mai pour que ce « décollage » soit crédible ?
— LeCri24 | 628 58 42 03
