CONAKRY — Mamadou a 32 ans. Il habite à Ratoma. En parcourant les listes de candidats aux élections législatives du 31 mai, il a vu un nom qu’il ne s’attendait pas à trouver : Dr Dansa Kourouma. Le président du Conseil national de la transition — le parlement de la période de transition — candidat à sa propre succession dans la future Assemblée nationale.
Mamadou a cherché une annonce officielle de démission. Il n’en a pas trouvé.
Il n’est pas seul.
Ce que dit la loi
L’article 157 du Code électoral guinéen est explicite. Les présidents et vice-présidents des institutions de la République sont inéligibles aux élections — sauf démission ou mise en disponibilité avant le dépôt de candidature. La règle existe pour une raison précise : éviter qu’un responsable d’institution utilise sa position pour peser sur un scrutin auquel il participe en même temps.
Le dépôt des candidatures a été clôturé le 3 avril 2026 à 18 heures. La dernière séance plénière du CNT présidée par Dr Dansa Kourouma remonte au 31 mars 2026 — soit trois jours avant cette clôture. Depuis, c’est la vice-présidente de l’institution, Hadja Maïmouna Yombouno, qui conduit les travaux du CNT.
Aucune communication officielle n’a été émise ni par Dr Kourouma, ni par le CNT, ni par la présidence de la République pour informer les Guinéens d’un changement à la tête du parlement de transition.
« J’ai la lettre »
C’est la Directrice générale des Élections, Djenab Touré, qui a confirmé l’existence d’une démission — lors de sa conférence de presse du 30 avril. Elle a déclaré que le document était joint au dossier de candidature de Dr Kourouma, transmis aux juridictions compétentes. « Est-ce qu’il a déposé une lettre ? Oui, j’ai la lettre de démission », a-t-elle précisé.
La démission existe donc. Elle a été reçue par la DGE. Elle a permis la validation de la candidature.
Mais elle n’a jamais été rendue publique.
Et c’est là que le problème commence.
Un secret qui ne devrait pas en être un
Dans une démocratie, démissionner d’une institution publique n’est pas un acte privé. C’est un acte de droit public, opposable à tous, qui doit être notifié, daté, et rendu accessible aux citoyens que cette institution est censée représenter.
Le FRONDEG l’a formulé sans détour dans une tribune publiée cette semaine : « Cette démission a été actée en catimini, dans un arrangement discret entre la DGE et l’intéressé, loin des regards des autres acteurs du processus. » Le coordinateur régional du parti à N’Zérékoré, Cécé 1 Délamou, a ajouté ce dimanche : « Les Guinéens devraient être informés que le président du CNT a démissionné à telle date et pour telle raison. Ce n’est pas quand les gens dénoncent qu’on doit venir dire qu’il avait démissionné. »
Ces questions ne sont pas partisanes. Elles concernent la transparence du processus électoral.
Ce que ça révèle sur le processus
Dr Dansa Kourouma n’est pas seul dans ce cas. Selon plusieurs médias guinéens ayant consulté les listes publiées par la DGE, de nombreux conseillers nationaux du CNT figurent également parmi les candidats aux législatives — sans que leurs démissions aient été rendues publiques non plus.
La DGE a validé ces candidatures. Elle estime avoir respecté la loi. Peut-être a-t-elle raison sur le fond juridique. Mais la forme pose un problème de principe : si la transparence électorale permet qu’un chef d’institution démissionne sans que les citoyens le sachent, alors le Code électoral guinéen a une faille que personne n’a encore comblée.
À 27 jours du scrutin, la Cour suprême est déjà saisie sur d’autres contentieux liés aux candidatures. Le cas Dansa Kourouma n’y figure pas encore officiellement. Mais il pourrait.
Pour Mamadou à Ratoma, la question reste entière. Il sait maintenant que Dr Kourouma a bien démissionné. Il ne sait toujours pas quand, ni dans quelles conditions, ni pourquoi personne ne l’a informé.
💬 Une démission d’institution publique doit-elle être annoncée officiellement aux citoyens ? Dites ce que vous en pensez.
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