CONAKRY. Badra Aliou Cheickna Koné devait battre campagne à Matam ce jeudi. Au lieu de ça, il a passé la nuit à la Maison centrale de Coronthie. Ce mercredi 29 avril, la CRIEF a rejeté sa demande de liberté. Badra Koné reste donc en détention, à 48 heures de l’ouverture de la campagne électorale à Matam en 2026.
Une invitation. Puis six jours sans sortir.
Le 22 avril, Koné se présente de lui-même à la DCPJ. Sur invitation, précisent ses proches. Il n’en ressortira pas libre.
Six jours de garde à vue s’enchaînent. Bien au-delà du délai légal de 72 heures. Ses avocats le disent, les textes le confirment. Personne n’a semblé s’en préoccuper. Puis hier mardi, le procureur spécial Charles Wright ordonne son transfert à la Maison centrale. Ce matin, procès ouvert à la CRIEF. En flagrance, selon le parquet. Comme si l’urgence était là depuis le début et qu’on avait juste attendu le bon moment pour l’activer.
Badra Koné invoque le Code électoral. La CRIEF ne cède pas.
À l’audience, ses avocats ont joué leur meilleure carte. L’article 66 du Code électoral guinéen : aucune poursuite contre un candidat avant la proclamation des résultats. Koné est sur la liste GMD à Matam, tête de liste, candidat déclaré. Libérez-le, ont-ils plaidé. Laissez-le faire campagne.
Wright n’a pas bougé. Sa réponse : procédure de flagrant délit, les immunités électorales ne s’appliquent pas. Et de toute façon, la liste n’est encore que provisoire, donc le statut de candidat n’est pas pleinement opposable.
La Cour a suivi le parquet. Demande rejetée. Procès se poursuit.
240 milliards et une liste de charges qui fait le tour du Code pénal
Détournement de deniers publics. Corruption. Faux et usage de faux. Escroquerie. Enrichissement illicite. Blanchiment de capitaux. Les faits remonteraient à février 2021, quand Koné présidait encore la délégation spéciale de Matam. Le montant en cause : 240 milliards de francs guinéens. Il lui est notamment reproché d’avoir manipulé des documents pour faire attribuer un marché public à une entreprise de son choix.
C’est lourd. Si c’est vrai, c’est très lourd.
Ce que LeCri24 ne peut pas ignorer
Devant la DCPJ, les 41 colistiers de la GMD ne décolèrent pas. Manœuvre politique, disent-ils. Dénonciation fabriquée par un adversaire local pour éliminer leur candidat avant le scrutin. Aucune preuve concrète produite à ce jour, affirme leur porte-parole.
On ne sait pas si c’est vrai. Ce qu’on sait, c’est ceci : dans l’affaire Badra Koné, la CRIEF a choisi de poursuivre les débats malgré les élections de Matam en 2026. Un candidat retenu six jours au-delà des délais légaux, transféré en prison à 48 heures de l’ouverture de la campagne, jugé en urgence sur la base d’une dénonciation. La Cour a validé tout ça ce matin sans broncher.
Peut-être que Badra Koné a vraiment détourné 240 milliards. Peut-être. Mais la façon dont ce dossier a été conduit pose des questions que ni le parquet ni la CRIEF n’ont encore répondues. Matam entre en campagne sans lui. Ça, c’est un fait. Pas une interprétation.
💬 Justice ou politique ? La question mérite une réponse publique, pas juste un verdict.
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