Pendant longtemps, le diplôme a été perçu en Guinée comme un passeport social. Étudier, réussir ses examens, décrocher un parchemin universitaire : tout cela portait la promesse d’un emploi, d’une stabilité, d’une reconnaissance. Aujourd’hui, cette promesse s’effrite. Dans les rues de Conakry comme dans les villes de l’intérieur, les diplômés sont nombreux… et l’avenir, flou.
Chaque année, des milliers de jeunes sortent des universités et instituts de formation avec l’espoir d’entrer dans la vie active. Mais très vite, ils se heurtent à une réalité brutale : peu d’offres, des concours rares, un secteur privé peu structuré et une administration qui n’absorbe qu’une infime partie des compétences formées. Le diplôme, autrefois clé d’ouverture, devient parfois un simple document rangé dans un tiroir.
Face à ce blocage, la débrouille s’impose. Certains acceptent des stages non rémunérés prolongés, d’autres se reconvertissent dans le commerce informel, les services improvisés ou l’auto-emploi contraint. Beaucoup cumulent frustration et silence, tiraillés entre la fierté d’avoir étudié et l’obligation de survivre. Cette situation nourrit un sentiment diffus d’injustice : avoir fait “ce qu’il fallait”, sans obtenir ce qui était implicitement promis.
Le malaise est aussi structurel. L’offre de formation progresse plus vite que la capacité d’absorption du marché du travail. Les passerelles entre universités et entreprises restent faibles, l’orientation professionnelle insuffisante, et la formation pratique souvent marginale. Résultat : un décalage persistant entre les compétences enseignées et les besoins réels de l’économie.
Sur les réseaux sociaux, la jeunesse s’exprime sans détour. Les témoignages se multiplient, entre désillusion et résilience. On y lit moins une révolte ouverte qu’une lassitude profonde, celle d’une génération qui continue d’espérer tout en réajustant ses rêves à la baisse. L’école reste perçue comme nécessaire, mais plus comme une garantie.
La question dépasse le sort individuel des diplômés. Elle interroge le contrat social lui-même : que signifie étudier dans une société qui peine à offrir des perspectives ? Sans réponse claire, le risque est de voir s’installer une rupture silencieuse entre la jeunesse et les institutions, faite de découragement, de départs ou de replis.
L’enjeu n’est pas de discréditer l’école, mais de repenser son rôle. Former, oui, mais pour quoi et pour quels débouchés ? Tant que cette articulation restera floue, les diplômés continueront de naviguer entre espoir et incertitude, et la jeunesse guinéenne portera le poids d’une promesse inachevée.
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