CONAKRY — Mohamed Touré n’avait pas lâché le cercueil des yeux depuis l’atterrissage à 18 heures, samedi, sur le tarmac de l’aéroport international qui porte le nom de son père. Ce dimanche 12 juillet 2026, son fils a accompagné Hadja Andrée Touré dans son dernier voyage, jusqu’aux Cases Bellevue, dans la commune de Dixinn, où la première Première dame de l’histoire de la République de Guinée repose désormais.
Elle avait quitté ce monde le mercredi 8 juillet, au Maroc. Elle avait traversé plus de six décennies de l’histoire d’un pays qu’elle avait vu naître.
Une vie liée aux premières heures de l’indépendance
Hadja Andrée Touré était l’épouse d’Ahmed Sékou Touré, premier président de la République de Guinée, qui dirigea le pays de l’indépendance en 1958 jusqu’à sa mort en 1984. À ses côtés pendant les premières années de la souveraineté guinéenne, elle fut une présence discrète mais constante dans les années fondatrices. Après le décès de son mari, elle continua à vivre en Guinée, témoin silencieux de toutes les mutations que le pays traversa.
Elle était l’une des dernières figures encore vivantes ayant accompagné la naissance de la nation.
Un dimanche de recueillement national
Le programme des obsèques, établi sur instruction du président Mamadi Doumbouya, s’est déroulé dans la dignité. La dépouille était arrivée à Conakry dans la soirée du samedi 11 juillet, accueillie sur le tarmac par des membres du gouvernement, des institutions et des proches de la famille. Ce dimanche matin, le Palais du Peuple a ouvert ses portes à 9 heures pour un symposium en hommage à la défunte. À 13h30, la prière mortuaire a été célébrée à la Grande Mosquée Fayçal. Puis le cortège s’est mis en route vers les Cases Bellevue.
Mamadi Doumbouya a accompagné lui-même la dépouille jusqu’au lieu d’inhumation, aux côtés du Premier ministre Amadou Oury Bah et de plusieurs membres du gouvernement. Une promotion posthume a été annoncée lors du symposium.
Les hommages sont venus de toutes parts. Bah Oury a déclaré que « les rêves de son illustre époux sont en train de se réaliser avec l’émergence d’une nation prospère, stable et unie ». Depuis l’exil, l’ancien président Alpha Condé a salué « l’une des dernières voix vivantes de l’acte de naissance » de la Guinée. Elhadj Djanko Cissé a évoqué « une figure étroitement liée à notre mémoire collective ».
Ce que l’hommage dit aussi
Un détail passe rarement inaperçu dans ce genre de cérémonies officielles. Le choix de Doumbouya d’organiser des funérailles nationales pour la veuve de Sékou Touré n’est pas anodin. En convoquant solennellement la mémoire des années fondatrices, le chef de l’État actuel trace une ligne symbolique entre l’indépendance de 1958 et le projet Simandou 2040 qu’il défend aujourd’hui. Comme pour dire : ce pays a un passé, et son avenir est dans la continuité de ce passé.
Le parcours de Sékou Touré lui-même reste un sujet de mémoire vive en Guinée — entre fierté de l’indépendance et douleur des années de répression. Les obsèques de ce dimanche n’ont pas rouvert ce débat. Elles n’avaient pas à le faire. Hadja Andrée Touré n’était pas responsable de l’histoire de son époux. Elle était une femme qui avait vécu, vieilli et choisi de rester dans ce pays.
C’est cela que la Guinée a enterré dimanche. Une mémoire vivante. Une des dernières.
Qui était Hadja Andrée Touré
Née sous le nom d’Andrée Leïla Spath, elle avait épousé Ahmed Sékou Touré et partagé sa vie publique dès les années qui précédèrent l’indépendance. Elle avait choisi de s’établir définitivement en Guinée après la mort du président en 1984, et y était restée jusqu’à ses derniers mois. Son engagement pour les causes sociales et son attachement au pays lui avaient valu un respect qui transcendait les clivages politiques.
Elle laisse derrière elle son fils Mohamed Touré et une famille éplorée, à qui l’État guinéen a présenté ses condoléances au nom de toute la nation.
Que Dieu l’accueille dans Sa miséricorde.
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