CONAKRY – La Guinée figure désormais parmi les dix pays africains considérés comme les plus préoccupants en matière de gouvernance démocratique par le V-Dem Institute, un centre de recherche basé en Suède et reconnu pour son évaluation annuelle de l’état de la démocratie dans le monde.
Dans son Democracy Report 2026, publié ce lundi 13 juillet, l’institut classe la Guinée dans la catégorie des « autocraties fermées », aux côtés du Burkina Faso, du Mali, du Niger, de la Guinée-Bissau, de l’Érythrée, de l’Eswatini, de la Somalie, du Soudan du Sud et du Soudan.
Une analyse qui remonte au changement de pouvoir de 2021
Selon les chercheurs, la situation politique actuelle trouve son origine dans le 5 septembre 2021, date du renversement du président Alpha Condé par le général Mamadi Doumbouya et de la dissolution des institutions de la République.
Le rapport reconnaît que la Guinée a franchi plusieurs étapes institutionnelles depuis lors, notamment l’organisation d’une élection présidentielle en décembre 2025 et l’investiture du chef de l’État en janvier 2026. Toutefois, ces évolutions ne modifient pas leur appréciation globale.
Les auteurs estiment que le pays demeure sous une gouvernance où les autorités militaires conservent une influence déterminante. Ils évoquent également des restrictions concernant la liberté de la presse, l’activité des partis d’opposition ainsi que l’exercice de certaines libertés publiques.
Un constat qui dépasse le seul cas guinéen
Le V-Dem Institute inscrit cette analyse dans une tendance plus large observée en Afrique subsaharienne. Après plusieurs décennies marquées par une progression des systèmes démocratiques, le rapport estime que plusieurs États connaissent aujourd’hui un recul, marqué notamment par les coups d’État, l’affaiblissement des institutions de contrôle et la réduction progressive de l’espace politique.
Les autorités mettent en avant la sortie de transition
À l’inverse, les autorités guinéennes défendent une lecture différente de la situation.
Depuis plusieurs semaines, le pays enchaîne les étapes institutionnelles annoncées dans le calendrier de transition : les élections législatives et communales du 31 mai, la proclamation des résultats définitifs par la Cour suprême le 19 juin, puis l’installation de 375 maires dans les 342 communes du pays le 2 juillet.
Une nouvelle étape est attendue le 17 juillet, avec l’entrée en fonction des 147 députés de la dixième législature au Palais du Peuple. Cette installation marquera officiellement la fin du Conseil national de la Transition (CNT), remplacé par une Assemblée nationale élue.
Pour le gouvernement, ces évolutions traduisent un retour progressif au fonctionnement normal des institutions républicaines et s’inscrivent dans la mise en œuvre du programme de développement Simandou 2040.
Deux analyses qui portent sur des réalités différentes
Ces deux approches ne se contredisent pas nécessairement.
L’une met l’accent sur la reconstitution des institutions et la fin progressive de la transition politique. L’autre évalue la qualité du fonctionnement démocratique à travers plusieurs indicateurs internationaux, notamment le pluralisme politique, l’indépendance de la justice, la liberté de la presse et les mécanismes de contrôle du pouvoir.
Un indice, pas une condamnation
Le Democracy Report 2026 demeure avant tout un outil d’évaluation comparative. Il s’appuie sur une série d’indicateurs destinés à mesurer l’évolution des systèmes politiques dans le temps et à établir des comparaisons entre États.
Il ne constitue ni une décision judiciaire ni une sanction internationale, mais une analyse élaborée par un institut universitaire basé à Göteborg, en Suède.
Au moment de la publication de cette information, aucune réaction officielle du gouvernement guinéen n’avait été rendue publique. Sollicité par LeCri24, le ministère de la Communication n’avait pas répondu à notre demande.
Les prochains mois seront déterminants
Au-delà du classement établi par le V-Dem Institute, les prochains mois permettront d’observer la manière dont les nouvelles institutions exerceront effectivement leurs prérogatives.
La future Assemblée nationale disposera notamment du pouvoir d’adopter les lois, de contrôler l’action gouvernementale et d’interpeller les membres de l’exécutif. Son fonctionnement concret constituera l’un des principaux indicateurs de l’évolution institutionnelle du pays.
C’est sur cette réalité politique, plus que sur les classements internationaux, que se portera désormais l’attention des citoyens.
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