La presse guinéenne vient de perdre une figure majeure de son histoire. Le journaliste et entrepreneur de médias Souleymane Diallo, fondateur du célèbre groupe Le Lynx – La Lance, est décédé au Canada à l’âge de 81 ans. Son parcours, marqué par la résistance, la satire et la défense d’un journalisme indépendant, laisse une empreinte profonde dans l’évolution des médias en Guinée.
Un pionnier du journalisme engagé
Né en 1945, Souleymane Diallo s’est très tôt imposé comme une voix singulière dans le paysage médiatique ouest-africain. Contraint à l’exil sous le régime de Sékou Touré, il poursuit sa carrière en Côte d’Ivoire, notamment au sein de Fraternité Matin, avant de revenir en Guinée au début des années 1990.
Ce retour marque un tournant décisif : en 1992, il fonde Le Lynx, un journal satirique inspiré des grands titres critiques internationaux. À une époque où la liberté d’expression restait fragile, cette initiative apparaît comme un acte de courage éditorial rare.
La satire comme arme contre le silence
Avec Le Lynx, Diallo impose un style inédit dans la presse guinéenne : humour, caricature et critique directe du pouvoir. Le journal n’épargne aucune figure publique, y compris les plus hautes autorités de l’État. Ce ton audacieux lui vaut rapidement une forte popularité, mais aussi des tensions avec le pouvoir en place.
Selon plusieurs sources médiatiques, notamment Guineematin, le journaliste a connu des périodes d’incarcération en 1995 et 1996, après la publication de certains articles jugés sensibles, notamment sur des événements sociaux et militaires. Malgré ces épreuves, il poursuit son combat éditorial sans reculer.
Un bâtisseur de groupe de presse
Loin de se limiter à un seul titre, Souleymane Diallo élargit progressivement son influence. Après Le Lynx, il lance La Lance, un hebdomadaire d’information générale, puis participe à la création de Lynx FM en 2012, une radio qui trouve rapidement son public.
Son œuvre contribue à structurer l’un des groupes de presse les plus influents du pays, formant plusieurs générations de journalistes et posant les bases d’une presse plus libre et diversifiée.
Une reconnaissance nationale de son vivant
En octobre 2022, un hommage exceptionnel lui est rendu par la presse guinéenne elle-même, une initiative rare dans le secteur. La même année, il est élevé au rang de Grand Officier de l’Ordre national du Kolatier, symbole d’une reconnaissance officielle de son apport au pays.
Ce geste consacre l’image d’un homme dont l’engagement dépasse le cadre du journalisme pour toucher à l’histoire même des libertés publiques en Guinée.
Un héritage durable pour la presse guinéenne
Souleymane Diallo laisse derrière lui bien plus qu’un groupe médiatique. Il laisse une école de pensée, une culture de l’audace journalistique et une génération de professionnels formés dans l’esprit de rigueur et d’indépendance.
Dans un contexte où la presse continue de se structurer et de se professionnaliser, son héritage reste une référence majeure pour les médias guinéens.
Une perte ressentie dans tout le secteur
Sa disparition provoque une vive émotion dans le monde médiatique. Pour de nombreux journalistes, il représente l’un des artisans de la liberté de la presse en Guinée, ayant ouvert la voie à une expression plus libre, parfois au prix de lourds sacrifices personnels.
La rédaction adresse ses condoléances à sa famille, à ses collaborateurs du groupe Le Lynx – La Lance, ainsi qu’à l’ensemble de la corporation journalistique guinéenne.
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Barry Mamadou Alpha
