À deux semaines de la Tabaski, les marchés à bétail de Guinée vivent une situation inhabituelle. Entre pénurie de bêtes, hausse des coûts de transport et crise sécuritaire au Mali, acheter un mouton devient un véritable casse-tête pour de nombreuses familles.
Jeudi matin, au parc à bétail de Simbaya Gare, dans la commune de Matoto à Conakry, Mamadou Bah est reparti les mains vides. Avec deux millions de francs guinéens économisés depuis plusieurs semaines, il espérait rentrer avec un mouton pour préparer la fête. Mais le vendeur exigeait deux millions cinq cent mille francs pour une petite bête.
Comme lui, des centaines de citoyens parcourent les marchés de Conakry, Kindia ou encore N’Zérékoré sans parvenir à trouver un animal à un prix abordable.
Des prix qui explosent sur les marchés
Dans les principaux points de vente de Conakry, les moutons importés du Mali se négocient désormais à partir de deux millions de francs guinéens. Pour une bête de taille moyenne, les prix oscillent autour de deux millions cinq cents mille francs, tandis que les plus grands spécimens atteignent trois millions, voire davantage.
Les moutons locaux, jugés moins imposants par certains acheteurs, coûtent entre un million sept cents mille et deux millions cinq cents mille francs selon leur taille et leur état.
Du côté des bovins, la situation est encore plus difficile : les petites vaches commencent à cinq millions cinq cents mille francs, tandis que les grandes dépassent parfois les dix-huit millions.
À Kindia, les vendeurs parlent d’une année exceptionnelle par la hausse des tarifs. Selon plusieurs acteurs du secteur, des moutons qui valaient moins de trois millions l’an dernier dépassent désormais largement ce seuil.
Même constat à N’Zérékoré où les commerçants affirment que les clients viennent nombreux, mais repartent souvent sans achat faute de moyens financiers suffisants.
L’insécurité au Mali perturbe tout l’approvisionnement
Au cœur de cette crise, le Mali. Les marchés guinéens dépendent fortement du bétail malien à l’approche de la Tabaski. Mais depuis les attaques terroristes enregistrées le 25 avril dans le nord et le centre du Mali, les circuits habituels d’approvisionnement sont fortement perturbés.
Selon les responsables des parcs à bétail de Conakry, le nombre de camions transportant les animaux vers la Guinée a chuté brutalement. Là où plusieurs dizaines de remorques arrivaient chaque semaine, seuls quelques convois franchissent désormais les frontières.
Le coût du transport a lui aussi augmenté. Acheminer un camion de Bamako vers Conakry coûterait aujourd’hui près de neuf millions cinq cents mille francs guinéens, contre environ sept millions cinq cents mille auparavant.
À cela s’ajoute la hausse du taux de change entre le franc guinéen et le franc CFA, qui renchérit encore le prix des bêtes achetées au Mali.
Pour les vendeurs, cette flambée n’est pas liée à une spéculation volontaire, mais à une accumulation de charges et de difficultés logistiques.
Une fête devenue inaccessible pour de nombreuses familles
Cette hausse des prix frappe de plein fouet les ménages guinéens déjà confrontés à la cherté de la vie.
Aujourd’hui, le prix du mouton le moins cher dépasse largement les revenus mensuels de nombreux travailleurs. Pour certains agents contractuels de l’État rémunérés autour de cinq cent cinquante mille francs guinéens par mois, acheter un mouton à deux millions représente plusieurs mois de salaire sans aucune autre dépense.
Dans plusieurs familles, les stratégies changent : certains préfèrent acheter tôt avant une nouvelle hausse, d’autres attendent les derniers jours dans l’espoir d’une baisse des prix. Beaucoup ignorent encore s’ils pourront célébrer la fête dans les conditions habituelles.
Deux commerçants guinéens toujours sans nouvelles au Mali
La crise actuelle a également un visage humain. Deux commerçants guinéens partis au Mali pour acheter du bétail avant la Tabaski restent introuvables depuis plusieurs semaines.
Mamadou Nabika Bah, originaire de Pita, et Ousmane Baldé, venu de Labé, auraient été interpellés à Kati le 25 avril dernier dans le cadre des opérations sécuritaires menées après les attaques terroristes.
Depuis vingt-huit jours, leurs proches disent être sans nouvelles. Les autorités diplomatiques guinéennes à Bamako auraient engagé des démarches pour obtenir des informations sur leur situation.
Pendant ce temps, les marchés guinéens continuent de se vider progressivement.
Des attentes tournées vers les autorités
À ce stade, aucune mesure exceptionnelle n’a encore été annoncée par les autorités guinéennes pour stabiliser le marché du bétail avant la Tabaski prévue le 6 juin prochain selon les prévisions lunaires.
Ni corridor sécurisé pour faciliter l’arrivée des animaux depuis le Mali, ni dispositif de régulation des prix n’ont été officiellement présentés.
Dans les quartiers de Conakry comme à l’intérieur du pays, l’inquiétude grandit à mesure que la fête approche.
💬 Et vous, combien comptez-vous dépenser pour votre mouton cette année ? Votre budget a-t-il augmenté par rapport à l’année dernière ?
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