CONAKRY — Pendant quatre jours, la justice communautaire ouest-africaine a siégé au cœur de la capitale guinéenne. Une présence historique, mais encore largement ignorée par une grande partie de la population.
Du 15 au 18 mai 2026, la Cour de justice de la CEDEAO a tenu, pour la toute première fois de son histoire en Guinée, des audiences délocalisées à la Cour d’appel de Conakry. Une étape importante pour cette institution régionale basée à Abuja, au Nigeria, qui entend désormais rapprocher davantage la justice communautaire des citoyens ouest-africains.
Au terme de cette session exceptionnelle, les juges ont rendu 16 décisions, dont 14 arrêts et deux décisions additionnelles. Huit affaires ont été examinées, à la fois en présentiel et par visioconférence.
Une première historique pour la Guinée
Avant Conakry, la Cour de justice de la CEDEAO avait déjà organisé des audiences hors siège dans plusieurs capitales africaines, notamment à Niamey, Abidjan, Bamako ou encore Lagos. La Guinée rejoint désormais ce cercle restreint des pays ayant accueilli cette juridiction régionale.
Cette délocalisation repose sur les dispositions de l’Acte additionnel du 14 décembre 2025, qui autorise la Cour à siéger sur le territoire d’un État membre lorsque les circonstances le justifient.
Mais au-delà du cadre juridique, cette présence revêt aussi une portée symbolique et politique forte. Après plusieurs années de tensions avec certaines institutions régionales, la Guinée accueille aujourd’hui l’une des principales juridictions de la sous-région à quelques jours des élections législatives et communales prévues le 31 mai prochain.
Le ministre guinéen de la Justice, Ibrahima Sory II Tounkara, a salué un “témoignage éloquent de l’engagement de la CEDEAO à rapprocher la justice communautaire des citoyens guinéens”.
Une justice ouverte aux simples citoyens
Contrairement à une idée répandue, la Cour de justice de la CEDEAO ne traite pas uniquement les différends entre États. Selon le président de la juridiction, le juge Ricardo González, entre 90 et 95 % des dossiers concernent des violations des droits humains.
Tout citoyen guinéen estimant que ses droits fondamentaux ont été bafoués peut saisir directement cette Cour régionale. La procédure est gratuite, ne nécessite pas obligatoirement un avocat et peut être introduite en français auprès du siège de l’institution à Abuja.
Les décisions rendues par la Cour sont juridiquement contraignantes pour les États membres de la CEDEAO, même si leur application effective reste souvent un défi dans plusieurs pays de la région.
Une institution encore méconnue du grand public
Durant ces audiences, magistrats, étudiants en droit et acteurs judiciaires guinéens ont pu échanger avec les représentants de la Cour régionale. Le premier président de la Cour suprême de Guinée, Fodé Bangoura, a notamment salué cette initiative qu’il considère comme une avancée pour le dialogue judiciaire dans l’espace communautaire.
Mais malgré cette ouverture, une grande partie de la population ignore encore l’existence même de cette possibilité de recours.
Le greffier en chef de la Cour, Dr Yaouza Ouro-Sama, a reconnu que l’institution demeure peu connue des citoyens ouest-africains, malgré plus de deux décennies d’existence. C’est justement pour réduire cette distance entre la justice communautaire et les populations que la Cour multiplie désormais les audiences délocalisées.
Pour de nombreux Guinéens, cette session à Conakry représente peut-être le premier contact concret avec une juridiction régionale capable d’entendre leurs plaintes contre leur propre État.
Une réalité encore méconnue, mais qui pourrait progressivement transformer le rapport des citoyens guinéens à la justice régionale.
💬 Saviez-vous qu’un citoyen guinéen peut saisir gratuitement la Cour de justice de la CEDEAO depuis la Guinée ?
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