Depuis plusieurs mois, la capitale guinéenne vit au rythme des mêmes scènes : files d’attente devant les banques, distributeurs souvent vides, difficultés à obtenir des billets et commerçants de plus en plus réticents à manipuler les petites coupures. Face à cette tension persistante sur le liquide, la Banque Centrale de la République de Guinée passe à l’offensive avec un projet majeur : le Système de Paiement Instantané Inclusif (SPI), attendu pour fin juin 2026.
Un système numérique pour remplacer progressivement le cash
Le SPI est présenté comme une nouvelle infrastructure financière nationale permettant d’effectuer des paiements et transferts d’argent en temps réel, directement depuis un téléphone mobile ou un terminal de paiement.
Concrètement, le système vise à connecter l’ensemble des acteurs financiers du pays — banques, microfinances et services mobiles — afin de réduire la dépendance aux espèces dans les transactions quotidiennes.
Réunis lors d’un atelier stratégique avec les opérateurs du secteur, les responsables de la BCRG ont insisté sur l’urgence de changer les habitudes. Le premier vice-gouverneur, El Hadj Mohamed Lamine Conté, a appelé la population à privilégier les solutions numériques :
« Les espèces doivent devenir l’exception. Les solutions de paiement électronique doivent désormais être la norme. »
Une réponse à une crise de liquidité qui s’aggrave
La Guinée fait face depuis plusieurs mois à une pénurie de liquidités qui perturbe fortement l’économie quotidienne. Dans plusieurs quartiers de Conakry, retirer de l’argent est devenu difficile, tandis que certains commerçants refusent certaines coupures ou limitent les paiements en espèces.
Salaires difficiles à retirer, petites entreprises en tension et circulation monétaire ralentie : la situation impacte directement la vie des ménages.
Avec le SPI, la Banque Centrale de la République de Guinée espère fluidifier les transactions et moderniser un système encore très dépendant du cash.
Des zones d’ombre persistent sur la mise en œuvre
Malgré l’annonce, plusieurs points clés restent sans réponse :
Les frais de transaction n’ont pas été communiqués, alors que les utilisateurs sont déjà habitués aux coûts des services de mobile money.
La portée géographique du déploiement n’a pas été précisée : lancement uniquement à Conakry ou couverture nationale immédiate ?
Enfin, l’interopérabilité avec les plateformes existantes reste floue, notamment avec Orange Money, MTN Mobile Money et Wizall.
Sans intégration claire entre ces systèmes, l’impact du SPI pourrait être limité selon plusieurs analystes du secteur.
Une accélération des réformes numériques en Guinée
Cette annonce intervient dans un contexte marqué par une série de réformes rapides dans les services publics : documents administratifs accélérés, opérations électorales en préparation et désormais transformation des paiements.
Pour les autorités monétaires, l’objectif est clair : réduire la dépendance au cash et moderniser l’économie guinéenne. Mais sur le terrain, les citoyens attendent désormais des résultats concrets, notamment sur la disponibilité du service et son accessibilité réelle.
La fin du mois de juin 2026 apparaît donc comme une échéance décisive. Si le système tient ses promesses, il pourrait profondément transformer les habitudes financières dans le pays. Dans le cas contraire, les attentes risquent de se transformer en nouvelles frustrations.
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