À Dubréka, Boubacar observe depuis plusieurs jours une scène qui alimente désormais un débat national. Des responsables administratifs qu’il croise dans les bureaux publics la journée prennent ensuite part à des meetings politiques le soir. Pour cet habitant de la banlieue de Conakry, une question s’impose : un haut fonctionnaire peut-il continuer à exercer ses fonctions tout en faisant campagne pour les élections prévues le 31 mai 2026 ?
Le sujet a brusquement pris de l’ampleur ce 8 mai, lorsque trois prises de position distinctes ont émergé le même jour autour de la participation des membres du gouvernement et de l’administration publique au processus électoral.
Premier à monter au créneau, Faya Lansana Millimouno. Dans une lettre ouverte adressée au président de la transition, il demande l’interdiction formelle de toute implication partisane des ministres, gouverneurs, préfets ou hauts cadres administratifs dans la campagne électorale.
Selon lui, l’utilisation de l’autorité administrative et des moyens de l’État risque de compromettre l’égalité entre les candidats. Il estime qu’un responsable public disposant de véhicules administratifs, d’influence institutionnelle ou d’accès aux ressources publiques ne peut être placé sur le même pied d’égalité qu’un opposant sans moyens étatiques.
Quelques heures plus tard, la réplique est venue du camp de la majorité avec Alhoussein Makanéra Kaké. Pour l’ancien ministre, un fonctionnaire reste avant tout un citoyen doté de droits politiques.
Il défend l’idée qu’occuper une fonction publique ne signifie pas renoncer à ses convictions. Selon lui, l’administration demeure neutre même si les individus qui la composent ont des opinions politiques ou participent à la vie démocratique du pays.
Mais pendant que les acteurs politiques échangeaient à distance, une troisième voix s’est invitée dans le débat : celle de la Direction générale des élections (DGE). Dans un communiqué publié également le 8 mai, l’institution a rappelé aux membres du gouvernement, secrétaires généraux et directeurs généraux des ministères que les dispositions du Code électoral relatives aux incompatibilités de fonctions doivent être « strictement respectées ».
Au cœur de cette controverse se trouve une disposition essentielle du Code électoral guinéen. Celui-ci prévoit qu’un membre du gouvernement ou un haut responsable administratif candidat à une élection doit, dans certains cas, se mettre en disponibilité ou démissionner avant de participer au scrutin.
L’objectif de cette mesure est d’éviter toute confusion entre les moyens de l’État et les activités de campagne électorale. En toile de fond, plusieurs observateurs craignent que l’administration publique soit utilisée comme levier politique dans certaines localités.
Pour l’opposition, la question dépasse les divergences partisanes. Elle touche directement à la crédibilité du processus électoral et à la confiance des citoyens dans les institutions.
Du côté de la mouvance présidentielle, on insiste plutôt sur les droits civiques des responsables publics et sur la nécessité de ne pas transformer la neutralité administrative en exclusion politique.
La DGE, de son côté, n’a pour l’instant donné aucun chiffre officiel concernant le nombre de ministres, secrétaires généraux ou directeurs généraux encore en fonction tout en étant engagés dans la course électorale du 31 mai.
À Dubréka comme dans plusieurs communes du pays, le débat continue désormais dans les marchés, les quartiers et sur les réseaux sociaux. Beaucoup de citoyens s’interrogent sur la capacité de l’État à garantir une compétition équitable entre tous les candidats à quelques semaines du vote.
La principale attente reste désormais une clarification officielle des autorités électorales et du gouvernement afin d’éviter toute contestation liée à l’utilisation des moyens publics durant la campagne.
💬 Dans votre commune, avez-vous vu des membres de l’administration participer à des activités politiques ou à des meetings électoraux ? Le débat est ouvert.
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