À Madina, l’un des plus grands centres commerciaux de Conakry, Oumar observe depuis plusieurs jours des équipes venir coller des affiches électorales devant sa boutique. Des affiches partout, des banderoles, des véhicules de campagne qui circulent, des meetings organisés. Mais une question demeure sans réponse : qui finance réellement cette campagne électorale ?
À vingt-quatre jours des élections législatives et communales du 31 mai, la Guinée avance toujours sans commission financière officiellement opérationnelle pour contrôler les dépenses de campagne, alors même que cette structure est prévue par le Code électoral.
Pourtant, la loi guinéenne encadre clairement le financement politique. Chaque parti ou coalition engagée dans les élections doit ouvrir un compte bancaire dédié à la campagne dans un établissement agréé. Toutes les dépenses électorales sont censées transiter par ce compte officiel.
Le plafond autorisé est fixé à 12 milliards de francs guinéens par liste pour les élections législatives nationales. Les cautions imposées aux candidats sont également élevées : 300 millions GNF pour une liste nationale, 100 millions pour les scrutins uninominaux et 35 millions pour les élections communales.
Mais le principal mécanisme de contrôle prévu par la loi n’a toujours pas été mis en place.
Un vide reconnu publiquement
Dans une récente tribune publique, Aboubacar Sidiki Kaba a affirmé que la Direction générale des élections (DGE) aurait reconnu qu’il était « techniquement impossible » de constituer cette commission financière dans les délais actuels.
À ce jour, aucune communication officielle n’est venue confirmer ou démentir cette déclaration.
LeCri24 a sollicité la Direction générale des élections afin de savoir si cette commission a finalement été créée, qui la compose et quels sont ses pouvoirs exacts. Aucune réponse n’avait été transmise au moment de la publication.
Ce silence alimente aujourd’hui les interrogations autour de la transparence du processus électoral.
Un cadre légal clair… mais sans contrôle visible
Le Code électoral prévoit également la désignation obligatoire d’un mandataire financier chargé de centraliser toutes les recettes et dépenses des partis politiques.
Les dons provenant d’entreprises, d’associations ou de structures étrangères sont interdits par la loi. Les financements étrangers le sont également.
Sur le papier, le dispositif paraît strict. Dans les faits, plusieurs zones d’ombre persistent.
D’abord, aucune donnée publique ne permet actuellement de savoir combien des 29 partis et mouvements engagés dans les élections ont effectivement ouvert un compte bancaire de campagne.
Ensuite, l’absence d’un organe de contrôle indépendant soulève des doutes sur le respect réel du plafond fixé à 12 milliards GNF par liste.
À ce jour, aucune sanction publique connue pour dépassement des dépenses électorales n’a été signalée en Guinée.
Enfin, le niveau élevé des cautions électorales pose la question de l’accès équitable à la compétition politique. Pour de nombreux observateurs, ces montants écartent de facto plusieurs petits partis, mouvements locaux ou candidatures indépendantes ne disposant pas de ressources financières importantes.
Une campagne visible… mais opaque
Cette semaine encore, Ibrahima Balaya Diallo estimait que la campagne électorale « tourne au diesel », faute d’engouement populaire visible.
Pourtant, sur le terrain, les dépenses semblent importantes : affichage massif, déplacements politiques, caravanes, meetings régionaux et communication intensive.
Une réalité qui renforce les interrogations sur l’origine des financements mobilisés.
Ni le GMD, coalition dominante du processus actuel, ni les principaux partis alliés n’ont publié de budget détaillé de campagne. Les autres formations politiques engagées dans les communales restent également silencieuses sur leurs ressources financières.
La loi ne les oblige pas à rendre publics leurs comptes pendant la campagne. Mais pour plusieurs acteurs de la société civile, cette absence de transparence fragilise davantage la confiance des citoyens.
Trois questions toujours sans réponse
À quelques semaines du scrutin, plusieurs interrogations demeurent :
- La commission financière prévue par la loi existe-t-elle réellement ?
- Combien de partis ont ouvert leur compte bancaire électoral obligatoire ?
- Qui contrôle aujourd’hui les dépenses et les plafonds de campagne en Guinée ?
Pour de nombreux citoyens, ces questions dépassent le simple cadre administratif. Elles touchent directement à la crédibilité et à l’équité du processus électoral.
À Madina, Oumar continue de voir les affiches se multiplier devant son commerce. Mais comme beaucoup de Guinéens, il ignore toujours qui paie réellement cette campagne.
💬 Dans votre quartier, savez-vous qui finance les affiches, meetings et activités de campagne ? Votre témoignage nous intéresse.
— LeCri24 | 628 58 42 03
