CONAKRY — Il y a cinq jours, les Guinéens n’ont pas défilé. Pas parce qu’ils ne le voulaient pas — trente-trois préfectures étaient mobilisées, des délégations avaient pris la route depuis la veille. Mais le gouvernement a décidé que la Fête du Travail n’aurait pas lieu cette année. Du moins, pas dans la rue.
Cinq jours plus tard, la poussière est retombée. Et ce qu’elle a laissé visible mérite d’être dit clairement.
Ce n’était pas un simple report
Le gouvernement a invoqué une raison précise : préparer la délégation tripartite pour la Conférence internationale du Travail à Genève, en juin. L’argument est recevable sur le fond. La CIT est une obligation internationale. La délégation doit être préparée.
Mais un argument recevable peut quand même poser un problème de forme.
En Guinée, les manifestations publiques sont officiellement interdites depuis le 14 mai 2022. Cette interdiction n’a jamais été levée. Elle n’a pas été discutée. Elle n’a pas été soumise à une assemblée représentative — parce qu’il n’en existe pas encore. Elle est en vigueur depuis quatre ans, discrètement, comme un fond de scène permanent.
Le 1er mai 2026, ce n’est pas l’argument de Genève qui a empêché les travailleurs de défiler. C’est cette interdiction-là.
Genève était un prétexte commode — ou une vraie raison, selon le camp où l’on se place. Mais la vraie raison structurelle, celle qui rend le report légalement possible sans que personne ne puisse contester, c’est 2022.
Ce que les syndicats n’ont pas dit à voix haute
Trois syndicats ont réagi. L’USTG a «pris acte» et appelé au calme. Le SLECG a dit «malgré nous» — trois mots qui disent tout sur une concession arrachée. Le SNE a dénoncé une violation de la Convention OIT sur la liberté syndicale.
Aucun d’eux n’a nommé l’interdiction de manifester de 2022. Aucun n’a demandé formellement sa levée. Aucun n’a posé la question publiquement : peut-on parler de liberté syndicale dans un pays où les rassemblements publics sont interdits depuis quatre ans ?
Cette absence de parole est peut-être la chose la plus significative de cette journée du 1er mai.
Ce que ça dit de la campagne qui a commencé le même jour
Le 1er mai 2026, deux choses se sont passées simultanément. Les travailleurs n’ont pas pu défiler. Et la campagne électorale pour les législatives a officiellement commencé à 00h00.
Ces deux faits, mis côte à côte, disent quelque chose sur l’espace politique guinéen en ce moment. Des partis font campagne. Des meetings sont organisés. Des candidats parlent dans les médias. C’est un espace d’expression qui existe — encadré, surveillé, mais réel.
Mais les travailleurs, eux, n’ont pas le droit de se rassembler pour défiler le 1er mai.
Il y a un paradoxe là. Peut-être qu’il n’est pas volontaire. Peut-être qu’il l’est. LeCri24 ne tranche pas. Mais il le nomme.
Ce qu’on attend encore
Le gouvernement a promis une nouvelle date pour célébrer le 1er mai. Il a promis des «mesures concrètes» pour les travailleurs. Aucune de ces deux promesses n’a été tenue à ce jour.
Mariama, déléguée syndicale venue de Kankan avec ses collègues le 1er mai, attend toujours. Elle n’est pas seule.
Dans vingt-cinq jours, les Guinéens voteront pour des représentants qui siégeront à l’Assemblée nationale. L’une des premières questions que cette assemblée devrait se poser est celle-ci : l’interdiction des manifestations publiques depuis 2022 est-elle conforme à la Constitution guinéenne de 2025 ? Et sinon — qui va la lever, et quand ?
💬 Si vous étiez syndiqué ce 1er mai — avez-vous accepté le report ou avez-vous eu envie de défiler quand même ?
— LeCri24 | 628 58 42 03
