CONAKRY — La formule est arrivée ce mardi matin. Nette. Sans porte de sortie. « Non Bogola Haba, nous ne serons pas la caution d’une démocratie en trompe-l’œil. » Aboubacar Sidiki Kaba l’a écrite noir sur blanc dans une tribune publiée ce mardi. Il parle au nom du FRONDEG. Il répond à l’appel lancé la veille par un candidat de la mouvance présidentielle.
Le bras de fer entre le FRONDEG et la majorité vient de franchir un nouveau palier.
Quatre épisodes. Une semaine. Une impasse.
Pour comprendre ce que dit cette phrase, il faut rembobiner.
28 avril — Abdoulaye Yéro Baldé, président du FRONDEG, annonce le retrait complet de son parti du processus électoral du 31 mai. Motif : des irrégularités dans la gestion des candidatures par la DGE. Les dossiers auraient été traités de façon inégale. La confiance n’y est plus.
30 avril — La DGE répond par une conférence de presse. La directrice Djenab Touré défend sa gestion, cite ses vingt-deux ans d’expérience, annonce que certains candidats FRONDEG souhaitent rester sur les listes malgré le retrait du parti, et indique qu’elle saisira la Cour suprême pour trancher. Le FRONDEG qualifie la sortie d’«arrogante».
3 mai — Les candidats du FRONDEG dans le Grand Conakry tiennent un point de presse. Fatoumata Dansoko lit la déclaration d’une voix ferme : solidarité «totale et inconditionnelle» avec la décision du Bureau Politique National. Pas un ne bouge.
4 mai — Bogola Haba, candidat de la mouvance présidentielle, tend la main. «Il n’est pas encore tard. Les chances des candidats sont encore intactes.» Il appelle le FRONDEG à reconsidérer. Sous-entendu : venez, le processus reste ouvert.
5 mai — Aboubacar Sidiki Kaba répond. La réponse tient dans une phrase. «Nous ne serons pas la caution d’une démocratie en trompe-l’œil.»
Ce que les deux camps disent — sans le dire
Bogola Haba n’a pas tort sur un point : juridiquement, les candidats peuvent encore participer. La loi le permet. La DGE le confirme. Et l’appel à revenir est, sur le fond, une main tendue — même si elle vient de celui qui est en position de force.
Le FRONDEG n’a pas tort non plus sur un autre point : participer à un processus qu’on juge truqué, c’est lui donner une légitimité qu’on conteste. Si le scrutin produit des résultats favorables à la majorité — et que le FRONDEG était présent — il ne pourra plus contester sans se contredire.
Ces deux logiques sont cohérentes. Elles sont incompatibles.
Ce que ça change pour le 31 mai
Le FRONDEG était présent dans 13 des 50 circonscriptions électorales. Avec son retrait, autant de terrains où la compétition s’allège pour les formations restantes. La Cour suprême doit encore trancher sur les candidats FRONDEG qui refusent de suivre le mot d’ordre. Sa décision pourrait tomber cette semaine.
À vingt-six jours du scrutin, l’Assemblée nationale issue de ces élections sera élue dans un paysage politique réduit. Ce n’est pas une accusation — c’est un fait documenté.
Ce que ça dit du 31 mai, les Guinéens le jugeront eux-mêmes dans l’isoloir.
💬 Si le FRONDEG avait finalement accepté de participer — auriez-vous plus confiance dans le scrutin du 31 mai ?
— LeCri24 | 628 58 42 03
