CONAKRY — Imaginez cette scène. Vous ouvrez WhatsApp ce matin. Une vidéo tourne. On y voit un candidat aux élections du 31 mai — il parle, il gesticule, il dit des choses qu’il n’a jamais dites. La vidéo a l’air vraie. Elle se partage vite. Dans vingt minutes, elle est dans tous les groupes familiaux de Conakry.
Ce scénario a un nom. La HAC l’a formellement interdit. Et pourtant, il peut arriver à n’importe qui, dans n’importe quelle élection — y compris celle du 31 mai.
C’est quoi, un deepfake ?
Le mot vient de l’anglais : deep pour deep learning (apprentissage profond, une technique d’intelligence artificielle) et fake pour faux. Un deepfake, c’est une vidéo, une image ou un audio fabriqué par ordinateur pour faire dire ou faire des choses à une personne réelle.
Ce n’est plus de la science-fiction. Des logiciels accessibles sur internet permettent aujourd’hui, en quelques minutes, de mettre des mots dans la bouche d’un homme politique, de faire chanter un artiste dans une langue qu’il ne parle pas, ou de faire apparaître une personnalité dans une situation qu’elle n’a jamais vécue.
En Guinée, ces outils existent. Ils sont utilisés. Et pendant une campagne électorale — quand les émotions sont fortes, quand les informations circulent vite, quand tout le monde cherche des raisons de voter ou de ne pas voter — ils sont particulièrement dangereux.
Pourquoi c’est dangereux pendant une campagne
Une fausse vidéo d’un candidat peut détruire une réputation en quelques heures. Un faux audio d’un responsable gouvernemental peut déclencher une rumeur sur une fraude électorale. Une fausse déclaration attribuée à un leader religieux peut influencer des milliers d’électeurs dans une préfecture.
Le problème n’est pas que les gens sont naïfs. Le problème, c’est que le deepfake est conçu précisément pour tromper des gens intelligents et attentifs. Le cerveau humain fait confiance à ce qu’il voit et entend. C’est sa nature. Et c’est exactement là que le deepfake frappe.
En Guinée, où plus de 80% des lecteurs accèdent à l’information via smartphone — souvent sur WhatsApp, où les contenus ne sont pas vérifiés avant d’être partagés — le risque est réel et immédiat.
Ce que la HAC a décidé
La Haute Autorité de la Communication a anticipé ce risque avant l’ouverture de la campagne le 1er mai 2026. Elle a publié un cadre de règles clair pour les 31 jours de campagne :
Les deepfakes sont formellement interdits. Toute vidéo, image ou audio fabriqué par intelligence artificielle pour représenter faussement un candidat, un responsable ou toute autre personnalité est passible de sanctions.
L’IA dans les communications des partis est encadrée. Les formations politiques peuvent utiliser des outils numériques — mais pas pour créer de faux contenus.
Le temps d’antenne est limité. Chaque candidat dispose de 3 minutes par station de radio locale. La neutralité des médias est imposée sous peine de suspension.
Les journalistes candidats ont été suspendus. La HAC a demandé la mise en disponibilité des journalistes candidats pendant la durée de la campagne — pour éviter les conflits d’intérêts dans la production d’information.
Ces décisions sont bonnes sur le principe. Leur application sur le terrain — notamment sur les réseaux sociaux que la HAC ne contrôle pas directement — reste le vrai défi.
Quatre réflexes pour ne pas être trompé
Vous êtes sur WhatsApp, Facebook ou TikTok. Une vidéo circule sur un candidat. Voici ce qu’il faut faire avant de la partager.
1. Regarder les lèvres. Dans un deepfake, la synchronisation entre les mots prononcés et les mouvements des lèvres est souvent légèrement décalée. Regardez attentivement.
2. Observer les bords du visage. Les deepfakes ont souvent des contours légèrement flous autour des cheveux, des oreilles ou du cou. La peau peut sembler trop lisse ou trop uniforme.
3. Chercher la source originale. Avant de partager, demandez-vous : qui a publié cette vidéo en premier ? Est-ce un média connu ? Est-ce que d’autres sources la confirment ?
4. Vérifier sur lecri24.com. Si une information vous semble importante, attendez qu’un média sérieux la confirme avant de la diffuser. Partager une fausse information, même sans le savoir, c’est quand même lui donner de l’ampleur.
La vraie menace de cette campagne
La HAC peut interdire les deepfakes. Elle ne peut pas empêcher les réseaux sociaux de fonctionner ni contrôler les milliers de groupes WhatsApp guinéens. La vraie ligne de défense contre les fausses informations, c’est chaque Guinéen qui tient son téléphone.
À vingt-six jours des élections, l’arme la plus puissante contre la désinformation reste simple : réfléchir avant de partager.
💬 Vous avez déjà reçu une information fausse sur ces élections ? Dites-le en commentaire — sans nommer de source si vous n’êtes pas sûr.
— LeCri24 | 628 58 42 03
