Un simple chantier d’extraction de sable dans le fleuve Makona s’est transformé en quelques jours en un incident diplomatique sérieux entre la Guinée et le Libéria. Entre tensions communautaires, drapeaux brûlés, échanges de tirs et médiation diplomatique, les événements survenus début mars 2026 montrent à quel point cette frontière reste fragile. Retour détaillé sur une crise qui aurait pu être évitée.
Un chantier de sable à l’origine du différend
Les premières tensions apparaissent à la fin du mois de février 2026. Dans la région libérienne de Foya, une entreprise engagée dans un projet routier lance l’extraction de sable dans le fleuve Makona, ressource essentielle pour les travaux de construction.
Rapidement, des militaires guinéens interviennent et contestent l’emplacement de l’exploitation. Selon eux, la zone concernée se situerait sur le territoire guinéen. Lors de cet épisode, certains éléments de la machine utilisée pour extraire le sable sont saisis et transportés vers la rive guinéenne, ce qui entraîne l’arrêt immédiat du chantier.
Face à cette situation, les autorités locales tentent de calmer le jeu. Le 5 mars 2026, une rencontre se tient à Guéckédou entre responsables guinéens et représentants libériens. Les deux parties conviennent de transmettre le dossier à leurs autorités respectives afin de définir un cadre légal pour l’exploitation du sable dans cette zone frontalière.
L’accord semble alors ramener un certain calme.
Le déplacement d’un drapeau relance les tensions
Mais quelques jours plus tard, un nouvel incident vient raviver la méfiance. Le 6 mars, les forces de défense guinéennes signalent que le drapeau libérien, initialement situé à environ 800 mètres du fleuve Makona, aurait été déplacé à proximité immédiate du cours d’eau.
Le mardi 10 mars, la situation se dégrade davantage. Des jeunes libériens se rendent dans la zone contestée, insultent les soldats guinéens et retirent le drapeau de la Guinée avant d’y mettre le feu. Ils installent ensuite leur propre drapeau sur place.
Selon plusieurs témoins, certains militaires guinéens auraient été provoqués et bousculés, sans réagir pour éviter une escalade.
Une mobilisation populaire de part et d’autre
L’incident ne tarde pas à susciter une réaction du côté guinéen. Le lendemain matin, mercredi 11 mars, des jeunes de la ville de Guéckédou envisagent de traverser le fleuve Makona pour répondre aux provocations.
Les autorités administratives et les forces de défense interviennent rapidement pour empêcher toute confrontation directe. Une campagne de sensibilisation est menée afin de calmer les esprits et éviter que la tension ne dégénère en affrontements communautaires.
Des tirs et un blessé : les versions s’opposent
Malgré ces efforts, un incident armé survient le même jour à la frontière. Des coups de feu sont entendus dans la zone et un citoyen libérien est blessé.
Le gouvernement du Libéria confirme officiellement la blessure et indique que la victime est prise en charge par les services de santé, dans un état stable.
Cependant, l’origine des tirs fait l’objet de versions contradictoires.
Certaines sources libériennes affirment que des soldats guinéens auraient ouvert le feu en direction de civils rassemblés près du fleuve.
Du côté guinéen, plusieurs témoins assurent au contraire que les tirs proviendraient de la rive libérienne, alors que les forces guinéennes tentaient de sécuriser la zone et d’empêcher un affrontement.
Pour l’heure, aucune version n’a été officiellement confirmée par une enquête indépendante.
La diplomatie toujours à l’œuvre
Avant même les tirs, les deux États avaient déjà tenté d’apaiser la situation. Le 8 mars, une réunion avait rassemblé à Guéckédou le ministre guinéen de l’Administration du territoire, le général Ibrahima Kalil Condé, et une délégation libérienne conduite par le ministre de l’Intérieur Niuma Ley.
Les discussions avaient permis d’afficher une volonté commune de régler le différend par la voie diplomatique.
Après les incidents du 11 mars, le gouvernement libérien a annoncé l’envoi d’une délégation de haut niveau à Conakry. À Monrovia, le Conseil national de sécurité, présidé par le chef de l’État Joseph Nyuma Boakai, suit de près l’évolution de la situation.
Les autorités libériennes ont également appelé les populations vivant dans les zones frontalières à faire preuve de retenue.
Une zone stratégique pour les populations
La localité de Kiéssènèye, proche de la zone contestée, constitue un point important pour les échanges commerciaux entre les communautés des deux pays. Les habitants y partagent souvent des liens familiaux, culturels et économiques.
Dans ce contexte, la tension actuelle suscite une vive inquiétude parmi les populations qui craignent une dégradation durable des relations.
Un problème frontalier ancien
Au-delà des incidents récents, ce différend révèle une réalité plus profonde. La frontière autour du fleuve Makona reste mal définie dans certaines portions. Héritées de la période coloniale, les cartes et les limites territoriales laissent encore place à des zones d’incertitude.
Ces ambiguïtés, combinées à l’exploitation des ressources naturelles et aux dynamiques locales, créent régulièrement des tensions dans plusieurs régions frontalières d’Afrique de l’Ouest.
Une solution attendue depuis des décennies
Aujourd’hui, la situation reste sous surveillance. La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) suit attentivement l’évolution du dossier, tout comme les instances de coopération régionale telles que l’Union du fleuve Mano.
Mais pour de nombreux observateurs, une solution durable passe par une délimitation claire et officielle de la frontière dans cette zone du fleuve Makona, accompagnée d’accords précis sur l’exploitation des ressources partagées.
Sans ce travail de fond, les incidents ponctuels risquent de se reproduire.
Pour l’instant, la diplomatie continue de fonctionner entre Conakry et Monrovia. Reste à savoir si les discussions permettront d’éviter que ce différend frontalier ne se transforme en crise durable entre deux pays voisins liés par l’histoire et par les peuples.
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