Une tribune signée Tibou Kamara
La sagesse populaire enseigne que le silence peut parfois valoir plus que les mots. À observer la controverse actuelle autour du Dr Morissanda Kouyaté, cette maxime prend un relief particulier.
Depuis plusieurs jours, le ministre des Affaires étrangères est au centre d’un tumulte politico-médiatique. Ses récentes déclarations, jugées excessives par certains, ont provoqué une vague de réactions critiques. Pour beaucoup, ses prises de parole répétées alimentent davantage la controverse qu’elles ne dissipent les doutes.
Une défense qui interroge
Le chef de la diplomatie guinéenne affirme assumer les critiques et revendique sa loyauté envers les autorités de la transition. Pourtant, son empressement à se justifier publiquement laisse perplexe ses détracteurs. S’il se dit serein face aux attaques, pourquoi multiplier les sorties médiatiques pour convaincre l’opinion ?
Cette posture alimente un débat plus large : un ministre peut-il, par son style et ses propos, fragiliser l’ensemble d’un gouvernement ? La question mérite d’être posée dans un contexte où la stabilité institutionnelle demeure un enjeu majeur.
Le dossier Donka ressurgit



4
Le passé du ministre refait surface, notamment son implication dans le projet de rénovation du Centre Hospitalier Universitaire de Donka, sous le régime de Alpha Condé.
À l’époque, il avait été relevé de ses fonctions par le ministre de la Santé d’alors, le Dr Kandjoura Dramé, à la suite de tensions administratives. Si aucune condamnation judiciaire n’a été rendue publique, cet épisode continue de nourrir les controverses.
Pour ses adversaires, cette séquence fragilise son image. Pour ses soutiens, il s’agit d’un dossier ancien instrumentalisé à des fins politiques.
Diplomatie et crédibilité



4
Au-delà des polémiques personnelles, c’est la crédibilité de la diplomatie guinéenne qui se trouve questionnée. Dans une transition conduite par le président Mamadi Doumbouya, la cohésion gouvernementale est scrutée de près par les partenaires internationaux.
Les déclarations du ministre sur les restrictions de visas ou la migration ont également suscité des réactions. Les statistiques européennes de 2023 montrent que les ressortissants guinéens figuraient parmi les nationalités africaines les plus représentées dans les arrivées irrégulières en Europe. Un chiffre qui contraste avec l’idée que la grande majorité des Guinéens ne souhaite pas quitter le pays.
Entre reconnaissance et polémique
Le ministre met en avant son engagement contre les mutilations génitales féminines et la distinction qu’il a reçue, le Prix Nelson Mandela, du nom de Nelson Mandela, symbole mondial de paix.
Mais dans l’arène politique, les distinctions ne suffisent pas toujours à désamorcer les critiques.
Cette tribune pose une interrogation simple : la parole publique actuelle renforce-t-elle la position de la Guinée sur la scène internationale ou contribue-t-elle à alimenter un climat de tension interne ?
Dans un moment décisif pour l’avenir institutionnel du pays, la retenue pourrait être une stratégie plus efficace que l’affrontement verbal.
Tibou Kamara
— LeCri24 | 628 58 42 03
