Dans une sortie aussi acerbe que symbolique, l’écrivain guinéen Tierno Monénembo a livré une critique frontale du climat politique actuel en Guinée. À travers une plume mordante, l’intellectuel dénonce ce qu’il considère comme une inflation inquiétante de louanges opportunistes autour du pouvoir, au point de transformer l’espace public en une scène permanente d’adoration.
Selon lui, des acteurs autrefois zélés, aujourd’hui privés de postes ou de privilèges, redoublent d’efforts dans l’éloge public pour attirer l’attention du sommet de l’État. Leur objectif, suggère-t-il, n’est pas l’intérêt général mais la quête d’un point de chute : une sous-préfecture, une mission diplomatique, ou toute autre nomination salvatrice. La critique vise un système où la compétence semble céder la place à la flatterie.
L’écrivain va plus loin en inscrivant cette pratique dans une perspective historique lourde de sens. Il affirme qu’un tel niveau de complaisance n’avait plus été observé depuis l’ère de Ahmed Sékou Touré, référence qui renvoie à une période marquée par le culte de la personnalité et la restriction de la parole critique.
Dans cette mise en scène ironique, le chef de l’État Mamadi Doumbouya est présenté comme l’objet d’une admiration quasi théâtrale. Tout devient superlatif : force, beauté, noblesse, générosité. Une exagération volontaire qui, pour Monénembo, illustre la transformation progressive des citoyens en laudateurs permanents, au détriment du débat démocratique.
La charge se conclut par une image culturelle forte : celle des griots traditionnels, symboles de la louange ancestrale. L’auteur suggère, non sans sarcasme, que les grandes familles de griots pourraient s’estimer lésées par cette concurrence généralisée, tant la flatterie est devenue monnaie courante.
Au-delà de la provocation, cette prise de position relance une question centrale : la Guinée avance-t-elle vers une gouvernance fondée sur la critique constructive et la responsabilité, ou glisse-t-elle vers une normalisation de l’éloge intéressé ? Le débat est désormais ouvert dans l’opinion publique.
✍️ Barry Mamadou Alpha
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